Heritiers de la Justice, a.s.b.l.
Service des Eglises Protestantes pour les Droits Humains et la Paix, 211 Av. Patrice Lumumba/BUKAVU
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ENCORE DES CIVILS TUES, EMBUSCADES ET PLUS D'INSECURITE : Les dernières des villages du Sud-Kivu
(26 Juillet 2001, 18 h)

Encore une embuscade sur l'axe routier Bukavu- Nyangezi

Le samedi 14 juillet 2000, aux environs de 8 heures du matin, une dizaine d'hommes armés, parlant Kinyarwanda et Kiswahili ont attaqué 5 véhicules transportant des personnes et leurs biens au lieu dit " Toyota " sur la route Bukavu-Nyangezi, dans le groupement Mudusa, territoire de Kabare au Sud-Kivu. Parmi les passagers, figure un groupe des choristes de l'église de la 8ième CEPAC( Communauté des Eglises de Pentecôte en Afrique Centrale)/Imani Panzi en partance pour Luhwindja en mission d'évangélisation, des agents de la 5ième CELPA (Communauté des Eglises Libres de Pentecôte en Afrique) qui se rendaient à Kaziba et d'autres personnes en provenance d'Uvira. Les passagers ont été sommés à se coucher par terre dans la poussière, battus férocement à coups de bâton, fouillés de fond en comble. Tout l'argent et autres objets de valeur tels les montres, les lampes torches, les radio portatives, les appareils de communication… ont été confisqués.

Six passagers qui étaient à bord de la camionnette de la 5ième CELPA dont messieurs Barhafumwa Chisuma Bardes, Haliyamutu, le responsable de CAPES (Centre d'Appui pour la Promotion Economique et Sociale), monsieur Lusambo Kange, son fils Clovis Imani (15ans) et mesdemoiselles Prudence Loli(17ans) et Lariska Mali( plus ou moins 3ans), filles de monsieur Vauvenargues Bengehya Vové ont été sérieusement battus à coups de pilon. Ils ont été par la suite acheminés à l'Hôpital Général de Référence de Bukavu pour un contrôle médical en vue de déceler un éventuel traumatisme.

L'opinion se rappellera que de tels actes de vandalisme sont de plus en plus fréquents sur les axes routiers de la province du Sud-Kivu et que l'asbl Héritiers de la Justice ne cesse de dénoncer et de condamner.

Les axes routiers de desserte agricole tels que Bukavu-Bunyakiri, Bukavu- Kalehe, Bukavu-Mwenga et autres sont devenus très périlleux à la suite des attaques quasi quotidiennes des bandes armées sur les convois. Les auteurs de ces embuscades pillent les marchandises et autres biens, violent les filles et les femmes et souvent tuent les passagers innocents. Cette situation affecte considérablement le trafic sur les routes du Sud-Kivu et l'approvisionnement de la ville en denrées alimentaires de première nécessité. Aussi l'alimentation des nos villages en produits manufacturés est sérieusement mise à mal. La population vit enfermée et la liberté de circulation en est compromise.

La population est très inquiète de la persistance l'état d'insécurité sur les axes routiers et de la complaisance et l'inertie du pouvoir qui ne parvient pas à démanteler les groupes armés qui sèment la terreur et la mort partout dans les villages et même en ville. Le groupement de Mudusa vit en perpétuelle insécurité.

En date du 1er juillet 2001, aux environs de 21 heures jusqu'à 3 heures du matin, des hommes armés portant des uniformes militaires ont attaqué le village Chirhagabwa dans le groupement de Mudusa situé dans la collectivité-chefferie de Kabare en territoire de Kabare au Sud-Kivu. Au cours de cette incursion, on a déploré de graves exactions à l'endroit de la population de ce milieu. De jeunes filles et femmes ont été violées, des pillages des maisons ont été opérés, des gens ont été torturés et plusieurs habitations ont été méchamment détruites.

Au total 15 familles ont été victimes de ces actes barbares. Il s'agit de :

Mweze Bashombe, Kabi Stanislas, Katula Cibululanda, Badesire Vedaste, Namegabe Balagizi, Barthélemy, Cifundire Mulashe, Gode Chibembe, Leonard Mihambo, Nzusa Marandura, Prospère Marandura, Théodore Lugukumula, Etienne Lugukumula, Birhaheka Bashwere, Mparanyi Mulume Cikanda, Mugisho Bagula et Jean-Pierre Kayeye.

Au cours de la même nuit, monsieur Rwabanda et son fils dont l'identité n'a pas été révélée, ont été grièvement blessés et seraient internés au centre hospitalier de Kadutu.

Le mardi 12 juin 2001, à l'aube, trois membres de la famille Ngwengwe du village Chimpwiji dans le groupement de Mudusa, collectivité-chefferie de Kabare en territoire de Kabare, ont été arbitrairement arrêtés par des hommes en uniformes non autrement identifiés. Ils étaient munis d'un mandat du greffier du Tribunal Principal Chambre I de Kabare, monsieur Nyamurhoga B. Inquiété par cette intrusion matinale des inconnus dans le village, monsieur Mirindi Gustave Lugerero a alerté toute la population. Un affolement général a envahi le village.

Le lundi 11 juin 2001, des hommes armés non autrement identifiés avaient tiré des balles avant d'opérer des pillages dans plusieurs maisons dans les villages Igoki, Chirhagabwa et Lwanvuhye dans le groupement de Mudusa en territoire de Kabare. Au cours de cette opération ,monsieur Corneille Ntahakana de Chirhagabwa a été blessé par balles au niveau des jambes. Il a été interné à l'hôpital de Panzi pour les soins.

Deux mamans d'Igoki connues sous les matronymes de maman Odette et maman Chance ont été sommées de payer 10$ US chacune pour échapper aux supplices de ces malfaiteurs.

Le mardi 05 juin 2001, 15 chèvres ont été emportées par des bandes armes qui ont opéré dans plusieurs villages du groupement Mudusa.

Le groupement de Mudusa situé au voisinage de celui de Kamisimbi est considéré par plusieurs observateurs comme étant un bastion des bandes armées dont l'identité reste inconnue. La population de cette contrée est sujette à une insécurité permanente et les exactions commises sont très fréquentes.

Les exactions répétées et impunies perpétrées par des groupes armés exaspèrent la population au Sud-Kivu

Les assassinats se poursuivent à Lemera

Dans la nuit de vendredi 13 avril 2000, monsieur Kiroha Lukumbira, âgé de 67 ans, habitant le village Butole, groupement de Lemera, collectivité-chefferie de Bafuliru en territoire d'Uvira dans la province du Sud Kivu, a été enlevé à son domicile par des militaires du RCD et retrouvé mort deux jours après. Le même jour, monsieur Piripiri Mukama et sa belle fille non autrement identifiée, habitant la localité de Nyamiutiri, dans le groupement de Lemera, ont succombé à la suite des blessures leur infligées par des balles tirées par des militaires du RCD.

L'exploitation illicite, abusive et incontrôlée des minerais accentue le supplice de la population du territoire de Mwenga

Plus de 130 habitations, deux chapelles des communautés de la 5ième CELPA( Communauté des Eglises Libres de Pentecôte en Afrique) et de la 26ième CLMCO( Communauté Libre Méthodiste au Congo) et un cimetière sont menacés de disparition dans le village Kaseti situé dans le groupement Baligi, en collectivité des Wamuzimu dans le territoire de Mwenga sur l'axe routier qui relie Kamituga à Kitutu. En vue de l'exploitation abusive de l'or, une grande conduite d'eau à été creusée au milieu de l'agglomération, la coupant ainsi en deux du Nord au Sud. Plus de 44 maisons ainsi qu'une partie du cimetière sont déjà détruits par les travaux de canalisation et de l'exploitation de l'or.

Le président du comité des "creuseurs", monsieur Mbike Wakasumba bénéficie de la protection des autorités politico-administratives, judiciaires, militaires et coutumières. Le chef de collectivité Wamuzimu, monsieur Ali Byemba Longangi est partie prenante dans ce désordre. Vers la fin du mois de mai 2001, le commandant Claude aurait été chargé par les autorités ci-haut citées de mener une campagne pour faire taire toute revendication en rapport avec cette exploitation illicite de l'environnement au détriment de tout un village. C'est ainsi qu'en date du 29 mai 2001, des pauvres villageois ont été sommés de payer chacun 24OO Francs Congolais d'amende ( l'équivalent de 20$ US) pour avoir osé protester contre de tels abus.

Par ailleurs, deux cachots souterrains, similaires à " Katope " dénoncé par Héritiers de la Justice dans son feuillet Nota Bene n° 90, sont entretenus respectivement à Kamituga et à Mungombe Séminaire dans le groupement Bashikasa, collectivité-chefferie des Wamuzimu en territoire de Mwenga. Le cachot de Kamituga connu sous l'appellation " Mandaki " est tenu par le commandant Pichen du 61ième bataillon en sa résidence. Les victimes qui séjournent en ce lieu sinistre sont les propriétaires de puits d'or et de coltan qui doivent payer la totalité de leur production pour être relaxés. Le geôle de Mungombe porte le nom funeste de " Titanic ".

Aussi plusieurs cas d'assassinat ont été dénoncés dans le territoire de Mwenga au cours des mois d'avril, mai et juin 2001. Les cas connus sont :

- le 07 juillet 2001, des militaires rwandais de l'APR( Armée Patriotique Rwandaise) ont assassiné monsieur Songa Kalizi à Kilimbwe, village situé dans le groupement de Kilimbwe collectivité de Luindi à 12 kilomètres du centre de Kasika.

- le 19 juin 2001, les Interahamwe qui seraient venus pour piller les marchandises chargées dans un camion en panne à Kiomvu/ Kalambi, groupement Kiomvu dans la collectivité-chefferie de Lwindi, ont tué monsieur Mulyana Mwenewanda, âgé de 54ans.

- le 17 juin 2001, aux environs de 23 heures, deux hommes en uniforme qui ont été identifiés comme agent de la DSR( Direction de Surveillance et de Renseignement), monsieur Messo Mwenengeshi et le commandant militaire du RCD à Mwenga, monsieur Kachebe, ont assassiné monsieur Bahati après avoir perpétré des pillages dans deux maisons à Mukono/ Sungwe village situé dans le groupement Bashimwenda dans la collectivité des Basile. . -

- Le 13 juin 2001, le commandant des combattants Maï-maï, monsieur Itongwa Musunga Mulondani ainsi que son garde du corps, qualifiés de traîtres par les interahamwe, ont été tué par ces derniers pour avoir tenté une réconciliation entre les militaires du RCD et les Maï-maï à Kidasa/ Kasika, groupement Mukangala dans la collectivité-chefferie de Lwindi.

- Le 10 juin 2001, monsieur Wasso Kyumbula, âgé de 27ans, habitant le village Lusungu dans le groupement Buse, a été assassiné à Powe par des militaires du RCD réquisitionnés par la société Shenimed pour garder l'argent destiné à l'achat du coltan. -

- Le 1er juin 2001, monsieur Kanefu Mwenebulinji, habitant le village Itula dans la collectivité de Wakambango I en territoire de Shabunda, a été tué à Lwino par les militaires du RCD fuyant les affrontements de Kilembwe. Ils ont aussi commis d'autres exactions, allant des pillages des maisons aux viols des femmes.

- Le 15 avril 2001, monsieur Lwango Hogo surnommé "Mchele", âgé de 25 ans, a été assassiné à Lowe/ Kibe, groupement Kisengenyo, collectivité des Wamuzimu par des hommes supposés être des maï-maï. Ils étaient conduits par un certain Dembi du village Katobe /Mulombozi, groupement Masumbile, collectivité Basile qui serait actuellement sous la protection du RCD. Au cours de la même nuit, l'on a découvert les restes de monsieur Kanefu Mwenebulinji, âgé de 72ans, ancien combattant maï-maï du temps de l'AFDL, et qui aurait été tué par des militaires à Bigombe le 20 avril 1999.

Outre ces assassinats, on déplore des scènes de pillages et de tracasseries de tout genre à l'endroit de la population civile.

Le 04 juillet 2001, les militaires du RCD en poste à Ngenga /Lutambi groupement Kalambi, collectivité de Lwindi, ont opéré un pillage à Kiomvu. Ils ont extorqué des perles de grande valeur aux habitants.

Le 1er juillet 2001, un groupe d'hommes armés en provenance de Mulungu dans le groupement de Baliga en passant par la route de Bizombo ont pillé au centre de Kamituga alors que les militaires du RCD y patrouillaient constamment. L'opinion pense qu'il s'agirait d'un coup fomenté par les militaires pour faire croire ensuite à une agression des maï-maï.

Le 21 juin 2001, les Interahamwe en provenance de la foret d'Ilibo/ Buzinda dans le groupement Eliba, collectivité de Lwindi ont fait irruption dans les villages de Kidasa, Kalama, Irangi et Kashaka à Kasika où ils ont opéré un pillage systématique.

En prévision de la prochaine visite du Gouverneur de province en territoire de Mwenga, l'administrateur de ce territoire, monsieur Kalowe Mika, a procédé à la sélection forcée des certains élèves du primaire et du secondaire pour les préparatifs de l'accueil.

A cet effet, des chansons et des danses sont programmées pour accueillir dans la liesse les autorités. Un tippoye est même apprêté pour le transport de l'illustre hôte. Les commerçants ne sont pas épargnés. Un barème de montant à payer par chaque catégorie de négociant a été fixé et le payement revêt un caractère contraignant. Pour un dépôt de marchandises : 40$ US, pour une boutique ;20$US, pour une agence de fret aérien détenant une phonie : 50$US ; sans phonie : 30$US ; chaque puit d'or ou de coltan : 20$ US. Pour la réouverture d'une pharmacie scellée, le propriétaire doit débourser la somme de 150$US. L'opinion se rappellera que les 68 pharmacies opérationnelles dans le territoire de Mwenga ont été fermées au mois d'avril 2001 par le chef de département de Santé du RCD, le docteur Vincent Kininga Mba, au motif que leurs propriétaires n'avaient pas encore payé la taxe d'autorisation de fonctionnement. Sur place à Kamituga, la population confirme que ces derniers sont victimes des manœuvres orchestrées par l'inspecteur pharmacien provincial, monsieur Mbuku Tsosa qui " a perçu un montant de 166$US de chacun des exploitants, et cela sans quittance ". Lorsque on procède à l'inventaire des établissements à caractère commercial qui sont dans le collimateur de l'administrateur, on a du mal à évaluer la somme colossale récoltée auprès d'une population meurtrie.

La tournée du Gouverneur de province avec le chef de Département de l'Intérieur du RCD dans cette contrée est prévue le 17 juillet 2001.

Les conditions de vie de plus en plus précaires de la population civile du Sud-Kivu en particulier et de l'Est de la RDCongo en général se dégradent davantage à la suite de nombreuses exactions commises par les différents groupes qui opèrent sur le terrain au mépris quasi total des droits de la personne humaine. L'exploitation illicite et abusif des minerais, loin d'apporter une solution au problème socio-économique de la population, elle fait naître des rivalités entre les forces en présence qui ne lésinent pas sur les moyens pour s'accaparer la part du lion. Ainsi des abus à répétitions sont perpétrés dans un silence total du pouvoir et de la communauté internationale.

C'est pourquoi l'asbl Héritiers de la Justice réitère son appel à toutes les forces impliquées dans le conflit en RDCongo de respecter la vie des civils innocents ainsi que leurs biens. Elle demande aussi à la communauté internationale de cesser les tergiversations et de s'impliquer honnêtement comme au Kosovo et au Timor oriental dans la recherche d'une solution durable à la guerre qui déchire les pays des Grands Lacs.

Héritiers de la justice lance un cri d'alarme pour que des dispositions sécuritaires soient prises pour venir en aide à cette population en détresse. Elle recommande par conséquent aux autorités politico-militaires du RCD de prendre en compte les recommandations de la population et des organisations de défense des droits de l'homme en rapport avec la paix et de sécurité pour permettre à la population du Sud-Kivu en général et celle de Mudusa et ses environs en particulier de vaquer dans la quiétude à leurs occupations.

Héritiers de la justice lance un cri d'alarme en direction des responsables de la sécurité de tout mettre en œuvre pour sécuriser les personnes et leurs biens.

Héritiers de la justice
26 Juillet 2001

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