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Human Right Watch écrit:
République Démocratique du Congo : premier pas
vers la justice avec l’arrestation par la CPI
Le Procureur déclare que le premier
accusé est envoyé à La Haye
(New York, 17 mars 2006) – La Cour Pénale
Internationale (CPI) a annoncé aujourd’hui qu’elle avait délivré son
premier mandat d’arrêt dans le cadre de son enquête en République
Démocratique du Congo, et que le suspect a été arrêté et est en route
pour la Haye. La nouvelle est un premier pas bienvenu vers la fin de
l’impunité au Congo, mais il est nécessaire de faire plus, a déclaré
Human Rights Watch aujourd’hui.
Près de deux ans après que le procureur de la
CPI ait annoncé l’ouverture de l’enquête, la cour a lancé le mois
dernier un mandat d’arrêt sous scellé contre Thomas Lubanga, dirigeant
de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), un groupe armé
responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans la
région d’Ituri dans le nord-est de la République Démocratique du Congo
(RDC). Le mandat, dont les scellés sont aujourd’hui levés, accuse
Lubanga de l’enrôlement et de la conscription d’enfants soldats qui ont
été utilisés pour participer activement au conflit.
“L’arrestation de Thomas Lubanga offre aux
victimes des crimes horribles commis en Ituri un espoir de voir la
justice enfin rendue,” a déclaré Richard Dicker, directeur du Programme
de Justice Internationale à Human Rights Watch. “Les citoyens congolais
ont déjà enduré des souffrances bien trop terribles. Il est plus que
temps de mettre un terme à la culture d’impunité et la CPI a fait son
premier pas vers cet objectif.”
Ituri est l’une des régions les plus durement
frappées par la guerre dévastatrice du Congo, qui est toujours en cours.
Un conflit local entre les groupes ethniques Hema et Lendu qui a
commencé en 1999 a été exacerbé par les forces militaires ougandaises et
aggravé par un conflit armé international plus large en RDC. Dans la
spirale du conflit et avec la multiplication des groupes armés, plus de
soixante mille civils ont été massacrés en Ituri, d’après les Nations
Unies. En plus des abus commis par l’UPC, de graves violations des
droits humains ont té commises par d’autres groupes, dont le Front
Nationaliste et Intégrationniste (FNI), une milice Lendu dirigée par
Floribert Njabu.
“Forcer de jeunes enfants à participer et à
faire la guerre est un crime grave, mais le procureur de la CPI doit
aussi exiger d’autres accusations contre les dirigeants des milices
pour massacres, tortures et viols,” a déclaré Dicker. “Il est vital
que Thomas Lubanga, Floribert Njabu et d’autres qui ont commis des
crimes dans ce conflit mortel soient tenus pour responsables et traduits
en justice. La CPI doit adresser un signal fort que ces crimes seront
punis.”
Le conflit en Ituri, ainsi que d’autres dans
l’est de la RDC, souligne la participation de forces non congolaises.
Ituri en particulier est devenu un champ de bataille entre les
gouvernements de l’Ouganda, du Rwanda et de la RDC. Ces gouvernements
ont fourni un soutien politique et militaire aux groupes armés congolais
malgré des preuves abondantes de leurs violations largement répandues du
droit humanitaire international. Le procureur de la CPI, Luis Moreno
Ocampo, a déclaré à plusieurs reprises qu’il traduirait en justice les
individus qui portent la plus grande responsabilité pour des crimes
graves.
“Le Procureur Ocampo devrait aussi mener une
enquête sur ceux qui ont armé et aidé les groupes de milices opérant en
Ituri, y compris des acteurs clés au pouvoir à Kinshasa, Kampala et
Kigali,” a déclaré Dicker. “Les crimes commis en Ituri font partie d’un
conflit plus large dans la région des Grands Lacs, et la Cour devrait
enfin déchirer le voile d’impunité qui s’étire au-delà des frontières du
Congo.”
En avril 2004, le gouvernement congolais de
transition a référé à la CPI les crimes commis dans le pays. Le 23 juin
2004, le procureur a annoncé l’ouverture d’une enquête pénale en RDC.
La Cour pénale internationale, basée à La
Haye, dispose d’un large soutien international. Actuellement, cent pays
ont ratifié le Traité de Rome établissant la Cour, et près de 140 ont
signé le Traité de Rome. En 2003, les Etats ont élu les premiers
dix-huit juges de la Cour et le procureur. Le 14 octobre 2005 la Cour a
levé les scellés dont faisaient l’objet ses premiers mandats d’arrêt,
pour Joseph Kony, Vincent Otti et trois autres officiers de l’Armée de
Résistance du Seigneur en Ouganda. A aujourd’hui ils n’ont pas été
appréhendés.
Etant donné que la CPI poursuivra seulement
les individus portant la plus grande responsabilité pour les crimes de
guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide commis après juillet
2002, il est probable qu’elle poursuivra seulement quelques coupables de
haut rang. Human Rights Watch a appelé les autorités en RDC à engager
des poursuites nationales significatives pour compléter l’enquête de la
CPI, et a pressé la communauté internationale de soutenir Kinshasa dans
ces efforts.
Contexte
Au cours des cinq dernières années, Human
Rights Watch a rassemblé des centaines de témoignages illustrant les
atteintes largement répandues contre les droits humains commises par
Lubanga et d’autres en Ituri. Des survivants ont raconté à Human Rights
Watch comment l’UPC, une milice à dominante Hema, s’était livré à des
massacres ethniques, des meurtres, des tortures, des viols et des
mutilations, ainsi qu’au recrutement d’enfants soldats.
Les combattants de l’UPC, sous la direction de
Lubanga, ont massacré au moins 800 civils en raison de leur appartenance
ethnique dans la région aurifère de Mongbwalu entre novembre 2002 et
juin 2003. Lors d’une autre attaque en août 2002, l’UPC a mené une
“chasse à l’homme” contre les personnes appartenant à l’ethnie Lendu et
d’autres opposants politiques, et les ont détenus dans deux centres de
détention connus où beaucoup ont été torturés et sommairement exécutés.
En mars 2003, le FNI, une milice opposée à
l’UPC, a attaqué la ville de Kilo en Ituri et a tué au moins une
centaine de civils, pour la plupart des femmes et des enfants, les
accusant de soutenir les Hema. Au cours d’une autre attaque, les
combattants du FNI ont torturé, violé et tué des femmes Hema après en
avoir accusé des douzaines d’être des espionnes de leurs ennemis. Comme
l’a raconté une femme à un enquêteur de Human Rights Watch, “Ils ont
capturé les femmes [Hema] de la campagne tout autour … ils les ont mises
dans une maison, leur ont attaché les mains, ont fermé la porte et les
ont brûlées.”
A la suite de ces attaques menées par le FNI,
l’UPC et d’autres groupes armés, des centaines de milliers de civils ont
fui leurs maisons et se sont réfugiés dans la forêt afin d’échapper à
leurs assaillants. Beaucoup d’entre eux n’ont pas survécu. L’un des
survivants a décrit Ituri comme étant “couvert de sang.”
Lubanga, Njabu et d’autres ont été arrêtés par
les autorités congolaises après l’assassinat de neuf soldats des forces
de maintien de la paix des Nations Unies dans la région d’Ituri en
février 2005. Ils ont été accusés de génocide, de crimes de guerre et de
crimes contre l’humanité, mais n’ont pas été traduits en justice. Les
autorités congolaises déclarent qu’elles attendent que la CPI termine
son enquête avant de prendre d’autres mesures.
Veuillez aussi consulter :
Ituri: Bloodiest Corner of Congo
http://www.hrw.org/french/campaigns/congo/
Ituri: Covered in Blood - Ethnically
Targeted Violence in North-eastern DR Congo
http://www.hrw.org/french/reports/2003/ituri0703/
Le fléau de l’or
http://hrw.org/french/reports/2005/drc0505/
Pour plus d’informations, veuillez
contacter :
A New York, Richard Dicker (anglais): +1 212
216 1248; +1 917 747 6731 (mobile)
A Londres, Steve Crawshaw (anglais, français,
allemand): +44 20 7713 2766; +44 77 4702 1458 (mobile)
A Bruxelles, Géraldine Mattioli (anglais,
français): +32-485-577-962
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