G.V.S.V

Groupe de Voix des Sans Voix.

Association pour la défense des Droits de l'Homme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NATURE DE LA CRISE EN RDC ET SES

*** IMPLICATIONS***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Siège Social:

B.P. 54 Uvira B.P. 6687

Q. Biens Mal Acquis Bujumbura/Burundi

UVIRA / Sud-Kivu Tél.

Fax.

Introduction

Depuis son accession à l'indépendance le 30 Juin 1960, la République Démocratique du Congo (RDC) n'a jamais connu de stabilité politique et économique. Elle a été le théâtre de beaucoup de crises socio-politiques qui l'ont plongée dans un chaos indescriptible nonobstant la présence pléthorique d'intellectuels avisés et les multiples ressources (richesses) que regorgent son sol et son sous-sol. Ce pays a certes des potentialités énormes; il a sans doute les atouts susceptibles de le hisser au rang des grandes puissances économiques dans le concert des Nations.

Malheureusement, tous les régimes (gouvernements) qui ont eu à le gérer ont fait preuve d'irresponsabilité et de légèreté manifestes dans la gestion de la chose publique si bien que ce géant d'Afrique centrale (3ème pays vaste d'Afrique) qu'est la RDC n'a jusqu'ici été caractérisé que par la corruption, le l'impunité, bref par autant de maux qui l'ont rongé durant des décennies et ont plongé le peuple congolais dans la misère parfaite. De Kasa-Vubu à Kabila en passant par le Maréchal Mobutu, le peuple congolais aura appris à vivoter, à vivre en déca du seuil de la pauvreté. Dans le même temps, un tout petit nombre (la classe dirigeante) sacrifiant l'intérêt général, savourait les délices du pouvoir tout en s'accumulant d'énormes fortunes au détriment de l'Etat congolais. A ce sujet, les avoirs financiers de Mobutu et de ses proches (estimés en milliards de dollars américains) placés dans certaines banques occidentales (en Suisse notamment) en constituent le signe révélateur. Lesdits avoirs seraient même plus élevés que la dette extérieure de la RD Congo (ex-Zaïre).

Bien que juridiquement indépendant, la RDC n'a pu jouir de son indépendance (pseudo- indépendance) et exercer sa souveraineté. Le chef de l'Etat n'était qu'un pion à la solde de grandes puissances. Il devait exécuter à la sauvette les instructions des occidentaux même si cela pouvait porter atteinte aux intérêts du peuple. Il était même porté à faire régner terreur, oppression, dictature sur le plan interne pourvu que les intérêts (économiques, géo- stratégiques…) des occidentaux ne soient lésés. En retour, les occidentaux s'engageaient à le soutenir, à le maintenir au pouvoir. Telles étaient les règles du jeu. Ainsi, on notera que les chefs d'Etat africains qui ont été fidèles à leurs maîtres occidentaux ont pu se maintenir au pouvoir pendant de longues périodes malgré l'opposition interne virulente. On comprend donc pourquoi et comment le Maréchal Mobutu a pu s'accrocher au pouvoir durant 32 ans (1965 à 1997).

Ce long règne (quasi royal) sanglant et totalitaire n'aura profité qu'à la classe dirigeante et à certaines puissances occidentales (Belgique, France, Etats - Unis). Celles-ci avaient pratiquement la main mise sur la gestion interne du pays et notamment sur les richesses minières du Katanga (cobalt, uranium, cuivre) et du Kasaï (diamant) dont elles fixaient le prix et les mécanismes de livraison sur le marché international.

Il convient de relever que Patrice Emery Lumumba, dont le nationalisme (notamment son rôle moteur pour l'acquisition de l'indépendance en 1960) restera gravé dans la mémoire du peuple congolais, fut lâchement assassiné en Janvier 1961 parce qu'il militait pour l'instauration d'un Etat réellement indépendant et souverain; il n'était pas du tout disposé à servir certains intérêts occultes des puissances occidentales précitées…

Par ailleurs, le régime Mobutu se caractérisa par la mégestion des ressources publiques et notamment par le détournement des derniers publics, la dilapidation des fonds reçu dans le cadre de la coopération internationale (bilatérale, multilatérale). Ce fut temps de la mégalomanie, des extravagances (dépenses folles et imprévisibles). Cette situation on ne peut en revenir plus déplorable que favorable va contraindre le peuple congolais à vivre dans la précarité, le délabrement total et ce, dans tous les secteurs de la vie.

Le Maréchal Mobutu fit régner un gâchis tel que n'importe qui pouvait faire n'importe quoi. La puissance publique était inexistante, la justice inopérationnelle, la chose publique était gérée comme un bien privé; des étrangers même moyennant des pourboires pouvaient se voir octroyer des prérogatives strictement réservées aux nationaux. Des Libanais, des Angolais, des Rwandais par exemple pouvaient facilement obtenir des cartes d'identité pour citoyens et de passeports congolais à telle enseigne qu'il n'était plus facile de distinguer les étrangers des nationaux. Ce qui plus tard va déboucher sur la crise socio-politique d'octobre 1996 ayant entraîné la chute du Maréchal Mobutu en Mai 1997.

  1. Nature et origine de la crise
  2. Il convient de noter que la crise congolaise est de nature à la fois politique et ethnique. Il y a en présence deux camps antagonistes à savoir le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) mieux, les Banyamulenge (minorité ethnique tutsi d'origine rwandaise) soutenus par leurs alliés (le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi) et quelques opportunistes congolais d'une part et le régime de Kinshasa appuyé par ses alliés (le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie) d'autre part.

    Il importe de relever que les Banyamulenge sont à la base de la crise actuelle. Cette peuplade d'origine rwandaise se serait émigrée en RDC à l'occasion de plusieurs vagues dont les plus importantes remontent à l'époque coloniale. Plusieurs motivations de sécurité. Ces populations nilotiques trouvent en RDC des conditions de vie satisfaisantes (pâturage, sécurité). Elles peuvent ainsi faire paître leurs troupeaux de bovins en toute quiétude. Elles cohabitent pacifiquement avec les populations autochtones qui elles, sont Bantous ayant des mœurs assez différentes de celles des Nilotiques. A l'époque, il n'existe pratiquement pas de problèmes majeurs de cohabitation, les immigrants respectent et se soumettent au pouvoir des royaumes indigènes établis à l'Est du Congo. Ils habitent les hauts plateaux, régions froides dont le climat leur est favorable.

    En 1959 et 1960, suite à la persécution dont ils font l'objet au Rwanda de la part des Hutu alors au pouvoir à Kigali, des milliers de Tutsi se voient à leur tour obligés de s'exiler à l'Est du Congo. Ils rejoignent naturellement leurs congénères tutsi qui y vivent déjà depuis de nombreuses décennies.

    En 1960, le Congo accède à l'indépendance (souveraineté nationale) avec un régime civil. Il est régi par la loi fondamentale du 19 mai 1960 qui va être révisée en 1964. Une année plus tard, il s'opère un coup d'Etat. Ce sont les militaires, sous l'impulsion du Maréchal Mobutu, qui prennent les rennes du pouvoir pendant que le pays est au bord de la dérive (des velléités sécessionnistes sont remarquées ça et là). Le nouveau régime se montre très autoritaire et sa priorité est alors le rétablissement de la sécurité (intérieure et extérieure).

    En 1967, Mobutu institue le parti unique dénommé le M.P.R (Mouvement Populaire de la Révolution) qui plus tard va devenir la seule institution de l'Etat. Jusque là, le problème de nationalité n'est pas clairement réglé à l'égard des étrangers établis notamment à l'Est. La loi se contente d'édicter des critères généraux sans que des mesures d'application concrètes ne viennent matérialiser la volonté du législateur. Face à ce flou, des Rwandais n'hésitèrent pas à se réclamer de nationalité congolaise…

    A la surprise, une ordonnance - loi édictée par le Président Mobutu en 1972 va octroyer de manière collective la nationalité congolaise (zaïroise) à certains groupes d'étrangers établis à l'Est, en l'occurrence aux Banyamulenge. A l'époque, ces derniers s'appelaient bien Rwandais ou Banyarwanda. Les termes Banyamulenge et Banyavyura sont tout à fait récents. Ils datent des années 70. Ils ont été adoptés pour des fins électoralistes (politiciennes). A y voir de très près, ces termes sont apparemment beaux mais dénués de sens.

    En fait, le terme Banyamulenge renvoie à la localité de Mulenge, située en territoire d'Uvira, à une cinquantaine de Kms au Nord d'Uvira. Cette localité (village) a toujours appartenu aux Bafuliro (tribu autochtone de la plaine de la Ruzizi). Il serait donc complètement dénué de sens lorsqu'on doit appeler ces peuplades tutsi de Banyamulenge.

    Il en est de même de la terminologie Banyavyura qui renvoie à Vyura, village congolais situé dans la province du Katanga, à quelques dizaines de Kms de Kalemie. Les immigrés rwandais (qui s'étaient séparés de Banyamulenge) y seraient arrivés à une époque relativement récente, peu avant l'indépendance du Congo.

    Lorsqu'on doit les appeler Banyavyura, ceci ne correspond nullement à la réalité historique. Il y a lieu de comprendre que l'adoption des termes Banyamulenge ou Banyavyura ne procède qu'à des ambitions politiciennes. Cela a marché pendant un temps.

    Les ambitions (aspirations) des Banyamulenge vont s'estomper assez vite lorsque en 1980 le comité central du M.P.R. annule l'ordonnance - Loi de 1972 ayant collectivement octroyé la nationalité congolaise à certains groupes d'étrangers établis à l'Est du Congo (les Tutsi Rwandais et les Hutu Burundais).

    En 1981, une nouvelle loi portant code de nationalité est ainsi promulguée. Elle est la loi cadre à la quelle tout le monde doit désormais se soumettre. Elle édicte les règles spécifiques d'acquisition de la nationalité congolaise (la petite et la grande naturalisation). Il est alors demandé aux étrangers demandeurs de la nationalité congolaise d'en faire individuellement la demande auprès de l'autorité compétente.

    Mais, une fois de plus, ces nouvelles dispositions ne sont pas suivies d'effets. les Banyamulenge et les Burundais (Hutu) demeurent sur territoire congolais. Ils ne sont pas formellement identifiés comme des étrangers.

    En Avril 1990, le multipartisme est institué en RDC. Le processus de démocratisation de la vie politique est alors engagé.

    Le peuple congolais réuni en conférence nationale souveraine décide que les Banyamulenge, ne remplissant pas les critères requis, ne peuvent être considérés comme des congolais. Il sera demandé à ceux qui voulaient l'acquérir d'en faire une demande individuelle. Les requêtes ainsi enregistrées devraient alors être examinées au cas par cas.

    Les Banyamulenge ne vont pas se soumettre. Ils vont s'organiser et mener une campagne internationale pour faire entendre leur voix.

    En Octobre 1996, leurs efforts sont couronnés de succès lorsqu'ils parviennent à monter une coalision internationale (Rwanda, Burundi, Ouganda, Somalie, Etats-Unis) pour venir à bout du décadent régime Mobutu. Ils se servent alors de quelques congolais dont Mr Kabila (porte parole) pour pouvoir réaliser leur projet de société consistant à instaurer en RDC un régime politique qui leur soit favorable et qui garantisse leur sécurité. Les Banyamulenge se voient représentés dans le gouvernement, l'armée, les services de sécurité, l'administration territoriale… Tout semble alors bien marcher selon les accords (inédits) de Lemera auxquels l'homme fort de Kinshasa a dû souscrire.

    Quelques mois plus tard, les choses tournent au vinaigre lorsque Mr Kabila, se sentant pressé par l'opposition interne, décide de se démarquer de Kigali et de Kampala qui l'ont pourtant porté au pouvoir. Il opère alors des réformes majeures au sein du gouvernement, de l'armée, des services de sécurité et même de l'AFDL. Il voulut s'affirmer comme un nationaliste. Le malaise est profondément ressenti par les Tutsi. Kabila va échapper à un coup d'Etat que ceux-ci auraient fomenté. Cette situation obligera le chef de l'Etat congolais à confier le commandement de l'armée à un Congolais de souche au détriment d'un Ougandais.

    Cela va susciter le courroux des Tutsi qui se voyant marginalisés, vont se retirer (démission en bloc) et s'organiser pour tenter d'évincer Kabila. Leur tentative va échouer de très peu en Août 1998 lorsque l'Angola et le Zimbabwe arrivent à stopper l'avancée des rebelles qui étaient sur le point de s'emparer de la ville de Kinshasa.

    Il résulte de ce qui précède que c'est bien la question de la nationalité (ambiguë) des Banyamulenge qui est à l'origine de la crise actuelle.

    Le désordre interne de la RDC et le manque de lucidité politique dans la gestion du problème par certaines puissances occidentales n'ont fait qu'exacerber la crise. A y regarder de plus près, on se rend bien compte que la RDC est victime d'une agression étrangère. Son intégrité territoriale (son indépendance) a simplement été violée par ses voisins de l'Est: l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

    On assiste actuellement à une guerre régionale (internationale). Il ne s'agit nullement d'un conflit interne. C'est une question relevant de la compétence des Nations Unies qui dans leur mandant doivent s'employer à faire restaurer la paix et la sécurité internationale lorsque celles-ci sont troublées.

  3. Motivation des belligérants
  4. Il résulte de ce qui précède que la guerre actuellement en cours en RDC oppose les rebelles du RDC soutenus par leurs alliés (Rwanda, Ouganda et Burundi) aux forces gouvernementales (du régime Kabila) également appuyées par leurs alliés (Zimbabwe, Angola et Namibie).

    Les rebelles veulent à défaut d'obtenir le départ de Kabila, le contraindre à opérer de réformes politiques, à les intégrer un peu plus dans la gestion de la chose publique. Ils s'appuient sur quelques Congolais opportunistes pour voiler leurs ambitions profondes.

    En fait, lorsqu'on se réfère à l'histoire récente, on se rend compte que la 2ème guerre aura visé à obtenir la réhabilitation des Accords de Lemera qui tendaient à faire asseoir en RDC un régime tutsi ou pro-tutsi. Au début, la rébellion voulait obtenir le départ de Kabila. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'ils ont dû changer d'objectifs, lorsqu'ils se sont rendus à l'évidence qu'il n'était plus facile de l'évincer.

    Au fil du temps, on a pu observer que les rebelles voulaient au faits profiter au maximum de la guerre en exploitant les mines d'or et de diamant.

    Les fonds de la vente de ces précieuses mines s'est révélée être un moyen sûr d'auto - financement, mieux de financement des opérations militaires. Certains officiers rwandais et ougandais ont trouvé là une belle occasion de s'enrichir. Des altercations ont même eu lieu entre les Rwandais et les Ougandais pour le contrôle de certaines mines d'or.

    A la longue, il va être créé deux zones d'influence distinctes, le Sud attribué aux Rwandais et le Nord réservé aux Ougandais. Les Banyamulenge quoiqu'un peu marginalisés, s'occupent plus de la guerre et se cantonnent pour la plupart à la zone d'Uvira-Bukavu. Officiellement, les alliés du mouvement rebelle (Rwanda et Ouganda) déclarent intervenir en RDC pour des raisons de sécurité. Les Rwandais disent poursuivre les milices Interahamwe tels éléments des ex-FAR (Forces Armées Rwandaises) qu'ils accusent d'avoir activement participé à la perpétration du génocide au Rwanda en 1994 et qui selon Kigali, constitueraient toujours une menace sérieuse pour la sécurité du régime tutsi (FPR) en place au Rwanda depuis Juillet 94.

    Les Ougandais quant à eux déclarent vouloir anéantir les bases arrières des rebelles au régime de Kampala qui s'organiseraient et attaqueraient l'Ouganda à partir du territoire congolais.

    On ne parle pas beaucoup de Barundais dans la crise congolaise. Des témoignages concordants font pourtant état de la présence de troupes Burundaises, dans le territoire de Fizi (Province du Sud-Kivu). Le régime de Bujumbura luterait contre les milices Hutu (FDD, Palipe Hutu) qui se prépareraient à attaquer le Burundi à partir du territoire congolais.

    En résumé, il apparaît que les motivations de la rébellion et de ses alliés sont à la fois politiques et sécuritaires. La finalité de leur action est l'établissement d'un régime tutsi et d'obédience tutsi en RDC, lequel devra sécuriser les régimes tutsi en place à Kampala, à Kigali et à Bujumbura. Il est clair que dans ce nouveau paysage politique, les Banyamulenge devraient jouer un rôle prépondérant dans la gestion de la chose publique en RD congo (à l'Est). Ceci s'inscrirait dans la logique des fameux Accords de Lemera auxquels Kabila auraient souscrit aux premiers heures de la guerre d'octobre 96 qui le portera au pouvoir en Mai 97. Du côté gouvernemental la préoccupation majeure est de restaurer l'intégrité territoriale en boutant les agresseurs dehors. Il est question de contraindre l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi à respecter les frontières de la RDC. A cet effet, le régime Kabila compte sur l'appui de Zimbabwe et de l'Angola. Officieusement, il est question d'expulser toutes les populations rwandophone (tutsi) établis à l'Est (des Banyamulenge en l'occurrence).

  5. Légitimité de l'action du mouvement rebelle

C'est une question délicate à laquelle nous allons tenter de répondre; Que veulent ou recherchent les rebelles ? Comment nous l'avons dit plus haut, à l'origine de la crise congolaise se trouvent la préoccupation de Banyamulenge de créer en DR Congo un espace tel ils joueraient un rôle significatif sur le plan politique et sécuritaire dans le but de sécuriser les régimes en place à Kampala, à Kigali et à Bujumbura.

Il apparaît donc, en dernière analyse, que la profonde préoccupation des Banyamulenge d'instituer en RDC un régime tutsi ou protutsi devant empêcher aux milices Hutu opposées aux régimes de Kampala, de Kigali et de Bujumbura de se servir du territoire congolais pour déstabiliser lesdits régimes.

Il convient de rappeler que les Banyamulenge sont des tutsi d'origine rwandaise établis en plusieurs voyages à l'Est de la RDC depuis de nombreuses décennies. Le problème majeur qui se pose est celui de la nationalité ambiguë de ces peuplades. Sont - ils Rwandais ou Congolais?

Une chose est certaine, les Banyamulenge sont d'origine rwandaise. Ils parlent le Kinyarwanda et ont durant plusieurs années été appelées les Banyarwanda. Les populations autochtones du Congo (de l'Est notamment) les ont toujours considérés comme des étrangers. Il convient de rappeler que ces peuplades tutsi adoptent l'appellation Banyamulenge et ce, à des fins tout à fait politiciennes ou électoralistes.

Sur le plan juridique, on note que les Banyamulenge se voient collectivement reconnaître la nationalité congolaise de 1972 à 1981, époque à la quelle le législateur congolais se ravise en abrogeant la loi de 1972 et en demandant de nationalité. La question de la nationalité des Banyamulenge sera évoqué et traitée aux assises de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) en 1992 .

Le peuple congolais réuni en conférence, après en avoir longuement débattu, confirme les dispositions de la loi de 1981 en affirmant clairement que les Banyamulenge n'étaient pas en droit de se réclamer de nationalité congolaise…

Au regard de ce qui précède il apparaît que sur le droit interne les Banyamulenge ne sont pas fondés à se réclamer de nationalité congolaise. De ce point de vue, la rébellion de Banyamulenge est dépourvue de toute légitimité. Les alliés des rebelles ne sont pas non plus à négliger compte tenu de leur caractère militaire (cfr. L'analyse de Colette BRACKMAN, du journal " Le soir de la Belgique". Il s'agit, ni plus ni moins, d'une atteinte au droit international public dans la mesure où des troupes étrangères (alliées des rebelles ont manifestement violé l'intégrité territoriale (l'indépendance) de la RDC. La présence des armées de l'Ouganda, du Rwanda et du Burundi n'est en effet justifiée par aucun instrument juridique international. Elle est atteinte au principe du règlement pacifique des conflits et au principe sacré international sur le plan politique. Par ailleurs, l'action rebelle suscite un grand intérêt dans la mesure où elle suscite les questions suivantes:

La RDC a intérêt à ce que ces diverses questions soient définitivement réglées car il y va de sa stabilité politique socio-économique et (de la paix) des rétablissement de la sécurité (de la paix) dans la région des Grands Lacs.

Avant de régler ses problèmes internes, Kinshasa doit d'abord régler la question de la minorité Banyamulenge (établis sur son territoire depuis des longues années) et faire la paix avec ses voisins. Il peut bien y parvenir grâce au concours de la Communauté Internationale et notamment de l'ONU, l'OUA, de la SADC et du G7 on le voit bien, le règlement politique (solution négociée) de la crise congolaise paraît être la seule issue car, dans l'état actuel des choses, une victoire militaire de l'un ou l'autre belligérant s'avère très difficile voire impossible…

  1. Conséquences
  2. On ne le dira jamais assez, la crise de la RDC est lourde de conséquences sur le plan humain, politique juridique socio-économique et sécuritaire.

    Sur le plan humain, il importe de noter que cette guerre est très meurtrière dans le camp rebelle, elle a entraîné la mort (atroce) de nombreuses personnes (des civiles et des militaires).

    Bien que le bilan même provisoire de ces atrocités n'ait pas encore été établi, les victimes de cette guerre se compte certainement par milliers. Les civiles sont pour la plupart tombés sur le champ de bataille (pendant les affrontements), victimes de balles perdues et de bombardement de force gouvernementale, certains par contre ont plutôt été victimes d'actes de représailles des rebelles qui constituent des violations des droits de l'homme. on pourrait à ce sujet évoquer notamment les massacres de Makobola, de Kasika et de Kamituga (province du Sud-Kivu).

    Par ailleurs dans les mêmes circonstances de nombreuses autres personnes ont été blessées ou mutilées.

    Sur le plan politique, la RDC se trouve coupée en deux, l'Est étant contrôlé par le mouvement rebelle et ses alliés, tandis que l'Ouest restant sous le contrôle du régime de Kinshasa la classe politique congolaise reste divisée. D'aucuns, considérant que la RDC a été victime d'agression étrangère se voient obligés de soutenir le régime de Kabila tandis que quelques policiers opportunistes trouvent la belle occasion de se faire valoir, tel qu'Emile Ilunga du mouvement rebelle dissident de l'Est (RDC) deux ailes (Aile Goma et Aile Kisangani) ayant initié une rébellion parallèle à celle du J.P. Bemba opérant au Nord (province de l'Equateur).

    Sur le plan juridique, la RDC a simplement vu son intégrité territoriale (ses frontières) violées par des troupes étrangères. Elle a été victime d'une agression étrangère de la part de l'Ouganda et du Rwanda notamment, laquelle a été timidement condamné par la communauté internationale. Le conseil de sécurité des Nations Unies s'était simplement contenté de demander (sans condamnation aux troupes étrangères non invitées de quitter le territoire congolais. Cette résolution est malheureusement restée lettre morte jusqu'à ce jour. Cette situation a récemment incité la RDC à saisir le tribunal pénal international à la Haye dans l'espoir que cette juridiction internationale va la rétablir dans ses droits légitimes. Ce qui favorise l'impunité.

    Sur le plan socio-économique, cette guerre n'a fait qu'exacerber la situation socio-économique du pays déjà très délabrée par plus de 30 ans de gabegie financière. La population de familles n'ont accès qu'à un seul repas par jour. Ceci fait que la malnutrition, affectant surtout les enfants, atteint des proportions forts considérables.

    Des très nombreuses familles n'ont plus accès aux soins médicaux, même les plus essentiels.

    Des nombreuses femmes enceintes préférant accoucher à domicile pour échapper aux frais élevés de la maternité imposés par les hôpitaux et cliniques.

    La scolarité des enfants (écoliers et élèves) est sacrifiée. Elle devient un luxe que tout le monde ne peut se permettre. Deux promotions des finalistes des études secondaires dans les territoires occupés n'ont pu faire les examens d'Etat donnant accès aux études universitaires.

    La production des produits vivriers a été sérieusement affectée. Des nombreux agriculteurs ont dû abandonner leurs champs pour des raisons de sécurité (cas de la plaine de Ruzizi).

    Pour les mêmes raisons, les opérateurs économiques de l'Est ont dû arrêter leurs activités (petites et moyennes entreprises et industries). De même la plupart des agences humanitaires (HCR, PAM, UNICEF) opérant à l'Est ont dû battre en retraite abandonnant tous leurs biens (ordinateurs, véhicules, matériels de bureau) aux mains des rebelles. Ce qui a accentué sensiblement le chômage, l'oisiveté, la pauvreté et la délinquance).

    Enfin cette façon aura suscité le sentiment de haine (xénophobie) aux populations autochtones vis-à-vis des tutsi dont les méthodes criminelles laissent à désirer. Les populations autochtones du Kivu et de la province orientale sont à la merci de rebelles qui les exploitent à leur volonté.

    Sur le plan sécuritaire, les Banyamulenge (les tutsi) et les populations autochtones vivent dans la méfiance mutuelle. Les autochtones nourrissent l'espoir de voir un jour les Banyamulenge regagner le Rwanda. Des mouvements de résistance populaire dénommés Maï-Maï ont vu le jour, notamment dans le territoire de Fizi. Ces guerriers se sont à plusieurs reprises affrontés aux forces rebelles et à leurs alliés burundais dans le zone de Baraka.

    Un mouvement similaire est également signalé dans la zone de Kamituga (Sud-Kivu), Kabambare (Maniema) et dans le Nord-Kivu. Ces Maï-Maï bénéficieraient de l'appui logistique de Kinshasa depuis quelques temps. Dans ce climat, la population locale est comme prise en otage et se réserve de manifester un état d'âme pour ne pas s'attirer le courroux des rebelles. Beaucoup d'armes circulent dans la région. Des bandits armés commentent le vol à main armée contre les civiles innocents et notamment sur le tronçon Uvira-Bukavu (dans les escarpements de Ngomo).

  3. Réactions
  4. Il est utile de stigmatiser l'attitude de la communauté internationale face à la crise de la RDC. Il y a eu certes des réactions ça et là. Les grandes puissances ont demandé aux alliés des rebelles (Rwanda, Ouganda) de respecter l'intégrité territoriale du Congo, de respecter les limites territoriales fixés par la Conférence de Berlin de 1885. Elles ont fait cette déclaration sans toutefois s'engager à régler la crise.

    Les Nations Unies également n'ont pas voulu trop s'impliquer dans le conflit. En effet le conseil de sécurité, dont le rôle est pourtant de veiller au maintien de la paix et de la sécurité internationale, s'est contenté de demander aux troupes non invitées de quitter le territoire congolais sans prise de mesures concrètes. Cette résolution est restée lettre morte.

    Ce fut preuve de lâcheté, d'irresponsabilité face à un conflit manifestement international.

    Au niveau continental l'OUA et la SADEC se sont également prononcées dans le même sens que le conseil de sécurité des Nations Unies.

    Faute de moyens, elles n'ont pu prendre de mesures concrètes.

    N'eut été l'intervention concertée de l'Angola et du Zimbabwe dans la crise, ou parlerait aujourd'hui un autre langage. Ce sont ces deux pays qui réussirent à élucider un extremis la chute du régime de Kinshasa.

    Depuis quelques mois tout le monde s'accorde à dire que le gouvernement de la RDC doit négocier avec les rebelles pour sortir de la crise. Des efforts sont déployés dans tous les sens pour aboutir à la solution négociée. Les négociations de Lusaka semblent augurer la signature imminente d'un cessez-le-feu et du règlement politique de la crise. Sans toutefois oublier l'initiative du Président Tanzanien de ramener les trois factions rebelles à apposer une signature sur le document du cessez-le-feu de Lusaka.

    Qu'en est-il de la situation sur le terrain? Dans les territoires occupés les combattants Maï-Maï (forces d'auto - défense populaire) ne l'entendent pas de cette oreille. Ils restent très hostiles à la présence des tutsi en RDC et continuent à militer pour cette cause.

    Sur les fronts, les combats semblent avoir doublé d'intensité. Des renforts en troupes, armes et munitions y auraient envoyés par les protagonistes.

    Bien qu'engagé dans les négociations de paix de Kinshasa, le régime de Kinshasa a tout de même saisi le tribunal Pénal International dans l'espoir d'y obtenir gain de cause.

  5. Analyse du G.V.S.V

Le G.V.S.V considère la crise de la RDC comme un litige régional (international) dans la mesure où elle met aux prises plusieurs Etats. La RDC est un Etat à part entière ayant une population un gouvernement et un territoire dont les frontières ont clairement et définitivement été fixées par la conférence de Berlin de 1885. Ce faisant, la RDC est tant qu'acteur (sujet) de la vie internationale et en vertu des normes du droit international public, est en droit de se prévaloir notamment des principes de l'égalité des Etats de l'intangibilité des frontières, de l'intégrité territoriale, de la souveraineté et de l'indépendance des Etats de la non-ingérence dans les affaires intérieures d'un autre Etat. Le fait que des troupes étrangères (Rwanda, Ouganda, Burundi) se trouvent sur le territoire de la RDC, sans l'accord préalable de celle-ci. Constitue une violation manifeste du droit international. Quelles que soient leurs motivations, ces trois pays n'ont pas le droit de violer l'intégrité territoriale de la RDC. Il existe de voies et moyens légaux pour faire valoir leurs intérêts. Ainsi nous pensons qu'il incombe à la communauté internationale (à l'ONU notamment) de s'impliquer pour rétablir la RDC dans ses droits et faire respecter le droit.

Nous osons croire que les tergiversations actuelles de la communauté internationale sont dues au fait que, certaines grandes puissances (les USA notamment) sont d'une manière où d'une autre impliquées dans la crise congolaise. Cette seconde guerre aurait pour finalité de rétablir les Accords de Lemera (signé fin 96) qui a instauré un régime tutsi ou pro-tutsi en RDC.

Comment peut-on s'accrocher à des Accords conclu dans l'illégalité? une telle démarche équivaudrait pratiquement à aliéner la souveraineté du peuple congolais. Comment peut-on admettre que des Banyamulenge qui ne constituent qu'un pour cent (1%) de la population congolaise prennent les rennes du pouvoir, encore que leur nationalité demeure ambiguë? Il importe que ces peuplades tutsi s'engagent à s'intégrer totalement dans la vie politique et socio-économique de la RDC (dans le respect du droit positif congolais) ils devraient par conséquent opter pour une et une seule nationalité et accepter de s'établir dans quelques endroits du territoire congolais. De cette façon, leur intégration ne poserait pas beaucoup de problèmes.

Les Banyamulenge ne sont pas le seul groupe minoritaire de la RDC. Il existe bien d'autres minorités (ethniques) religieuses notamment qui ne posent pas de problème. Il y a la matière à réflexion.

En dernière analyse, il apparaît que l'attitude des Nations Unies constituent la non-assistance à populations en danger, surtout lorsque l'on sait que graves violations des droits de l'homme sont régulièrement perpétrées notamment par les rebelles du RCD et leur alliés, le gouvernement et ses alliés aussi.

La crise congolaise apparaît comme un sujet tabou alors qu'elle relève clairement de la compétence du conseil de sécurité des Nations Unies, le silence de cet organe des N.U est au demeurant coupable. Il est un témoignage d'irresponsabilité dans le chef des Nations Unies. Il y a lieu de se demander quel est le rôle que joue l'actuel Secrétaire Général de l'ONU.

Il devrait plutôt démissionner au lieu d'être à la solde de la superpuissance actuelle du monde et sacrifier le droit international. La crise de la RDC pourrait être rapprochée de la situation des territoires arabes occupés par Israël force à laquelle les Nations Unies ont réagi assez timidement pour ménager (protéger) Israël (visite d'Hud Barak récemment aux Etats Unis).

Par contre, dans d'autres cas, et particulièrement lorsque les intérêts américains étaient directement menacés, les Nations Unies ont réagi avec la plus grande célérité (cas de l'invasion du Koweit par l'Irak en 1990).

Il apparaît que le droit international est plus théorique que pratique. Il est un peu fictif dans la mesure où son application dépend au bon vouloir de grandes puissances.

Nul n'ignore que l'ONU est la boîte des Américains; aucune résolution ne peut être prise sans l'accord des USA qui disposent d'un droit de veto et exercent une grande influence sur les autres membres permanents du conseil de sécurité. La guerre froide étant terminée, il n'existe plus d'équilibre. ce sont les USA qui règlent la vie internationale. Ils s'imposent dans tous domaines.

La restauration de la stabilité socio-politique en RDC et dans la région des Grands Lacs demeurent un rêve lointain. Les richesses minières du Congo sont un appât pour lesquelles les peut qu'être sacrifié si la classe politique de la RDC n'y prend garde. Pour sortir de la crise actuelle, le Congo doit plus compter sur ses fils (nationalistes) et s'appuyer sur la coopération Sud-Sud et les rapports avec les pays de l'Est (Chine, Japon). Et quelques pays occidentaux favorables à la démocratie en Afrique. Le Congo ayant raté son train de l'indépendance en 1960, comment pourrait-il prendre place à bord de l'avion de la démocratie si on y prend pas garde, et chercher une bonne ceinture de sécurité?

Conclusion

De ce qui précède, de la nature même de la crise socio-économique-politique et ses implications tant internes et externes de la RDC; il s'avère que les Droits de l'Homme ne sont pas mis en exergue (voir le Rapport du Réseau - Europe - Congo, séjourné à l'Est de la RDC du 07 Mai au 02 Juin 1999).

Ces derniers sont toujours bafoués par l'une ou l'autre en conflit.

Mais est-il que, la cité d'Uvira bastion des Banyamulenge, vit encore dans une situation alarmante. La plupart de violations dénoncées ci et là sont les résultats du mouvement rebelle (RDC) en tant que tel ou les services publics censés être sous le contrôle de ce mouvement à noter :

En définitive, il s'avère impérieux de recommander les mesures suivantes :

  1. la signature urgente d'un cessez-le-feu d'Emile ILUNGA et celle de WAMBA après Jean Pierre BEMBA à Lusaka le 02 août 1999.
  2. le déploiement d'une force d'interposition neutre sous l'égide des Nations Unies, l'Union Européenne et l'OUA.
  3. le retrait des troupes étrangères non invitées au Congo.
  4. le démantèlement des milices armées opérant dans l'Est de la RDC et cela constitue une opération de grande envergure.
  5. la signature d'un traité de paix entre la RDC et ses voisins de l'Est (notamment l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie…)
  6. Une relance réelle du processus de démocratisation entre les fils du pays (RDC) pour un avenir meilleur.
  7. la poursuite judiciaire des personnes qui seraient reconnues coupables de graves violations des Droits de l'Homme (crime de guerre, crime contre l'humanité.)

 

Nous sommes convaincus que les mesures ci-dessus, permettront de restaurer un Etat de Droit pouvant garantir les droits de l'homme.

 

 

Fait à Bujumbura, Août 1999.

Pour le G.V.S.V

Secrétaire Exécutif