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EXACTIONS COMMISES PAR DES BANDES ARMEES
2.1. Atteintes au droit à la vie
• Le 01/07/1999, vers 22h30' des Interahamwe ont attaqué et tué à coup de fusil Madame M'Mberege. La victime a laissé plusieurs orphelins. C'était à Tchofi/Kasheke dans le territoire de Kalehe.
• Le 04/07/1999, deux ressortissants de Kavumu en territoire de Kabare ont été tués par des miliciens Interahamwe. Ces tueries ont eu lieu dans la localité Tshisheke-Nyamatwe en territoire de Kalehe.
• Dans la nuit du dimanche, 11/07/1999, vers minuit, des Maï-maï sont entrés dans le village de Chigunju localité Mule, groupement de Kalonge en territoire de Kalehe où ils ont assassiné Monsieur Makabagane et son fils Mastaki Muliri Makabagane.
• Le jeudi 22/07/1999, dans le quartier Muranvia, avenue dite Cassablanca en territoire d'Uvira, le nommé Kayame Mashindano, âgé de 46 ans, a été tué par balles par des hommes inconnus. L'infortuné a laissé une veuve et 7 enfants. Après l'exécution de la victime, les criminels ont demandé à la veuve les documents parcellaires.
• Le vendredi, 06/08/1999, un Maï-maï répondant au nom de Shetani a fait exploser une grenade dans un cabaret de la localité de Mule, en groupement de Kalonge, territoire de Kalehe.
Bilan : 5 morts et 4 blessés. Parmi les morts figurent notamment :
• Dans la nuit du 06 au 07/08/1999, à la suite d'une opération menée par des miliciens Interahamwe dans le village Muhungu dans le groupement d'Itara, en chefferie de Bafuliro, territoire d'Uvira, une mère et un enfant de la famille Karoro ont trouvé la mort par balles et un autre enfant a été brûlé vif dans la maison.
• Le dimanche 08/08/1999, vers 9h00, les Maï-maï de «Mudundu 40» sont descendus sur le chef-lieu du territoire de Walungu et ont tué deux militaires du RCD.
• Mercredi, 11/08/1999, des miliciens Interahamwe, venus piller à la Paroisse catholique et au Centre hospitalier d'Ifendula à Luhwindja en territoire de Mwenga, ont tué par balles le policier qui montait la garde en ces lieux. Ce meurtre est intervenu au moment où la victime tentait d'intervenir pour disperser les assaillants.
• Le mardi 18/08/1999, Monsieur Bacirongo Mutembe a été tué par les Maï-maï vers 17h20' à Cholobera localité de Chifunzi, dans le groupement de Kalonge en territoire de Kalehe étant soupçonné de collaborer avec des militaires positionnés à Kalonge. On lui a ouvert le ventre à coup de poignard.
• En date du 23/09/1999, vers minuit dans le village Lubanda-Karhongo, sous-groupement de Mushenyi, groupement Nyangezi en territoire de Walungu, Monsieur Safari Katembera et son épouse enceinte de 7 mois, ont été lâchement assassinés, dans leur propre maison, par un groupe de personnes armées non-identifiées. Comme la maison abritait le poste de santé de la place, suppose que les assaillants sont venus piller des médicaments.
• Dans la nuit du 9 au 10/10/1999, le Commandant de la police de Luhwinja en territoire de Mwenga a été froidement abattu par les Interahamwe lorsqu'il venait à la rescousse de la paroisse de Luhwinja attaquée par ces derniers.
• Le 24/10/1999, un groupe de plus ou moins 50 Maï-maï ont investi la localité Kibirira, au Centre de Walungu et délibérement assassiné une vieille femme, la mère d'lhomme d'affaire bien connu à Bukavu et à Walungu du nom de Irenge et une fille. Selon certaines sources, ces victimes auraient été exécutées à la suite de leur refus de céder les clés de la maison aux combattants qui croient que le fils de la vieille est d'intelligence avec le pouvoir du RCD et qu'en conséquence sa maison servirait de caches d'armes et de munitions.
• Le 22/11/1999, Monsieur l'Abbé Georges Kakudja, ancien curé de la paroisse catholique de Kalonge a été assassiné à Kalonge-même par des inconnus. Le RCD à qui l'on semble attribuer cet assassinat n'y a fait aucune allusion.
• En date du 9/12/1999, c'est-à-dire une semaine après, ce sera le tour de monsieur Bafunyembaka Foufé. Il sera également abattu par les mêmes auteurs faisant usage des mêmes moyens.
• Le 11/12/1999 seront signalés des affrontements entre ces Interahamwe mêlés aux ex-FAR et les militaires de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) dans les villages Malundu, Nkono, Chirhula aux alentours de la localité de Chifunzi
• Le 18/12/1999 à Maombwa, localité située à 1 heure de marche du Territoire de Fizi, des éléments alliés Maï-maï- FDD ont assassiné Monsieur Elisé Maneno, 40 ans, marié à 2 femmes, père de 2 enfants et cultivateur de profession. Les motifs de ce lâche assassinat ne sont toujours pas connus. Sur place à Fizi, l'opinion croit qu'il s'agit d'un règlement de comptes.
• Le 22/12/1999, Monsieur Cizungu Ntabenda, habitant du village Nyuamulwira-Rambo en nouveau territoire de Bunyakiri, a trouvé la mort à la suite des tortures lui infligées par des Interahamwe. L'infortuné aurait fait l'objet des mutilations et d'amputement de certains organes de son corps.
• Dans la nuit du 31/12/1999, à Kalonge, des Interahamwe ont sauvagement assassiné Monsieur Pilipili Kabundula. La victime a trouvé une mort lente et pénible à la suite de plusieurs coups de poignards lui enfocés par ses bourreaux dans le ventre.
Six personnes civiles parmi lesquelles une fille ont été tuées au cours du seul mois de décembre 1999 dans le nouveau territoire érigé de Bunyakiri. Ces tueries sont toutes l'oeuvre des Interahamwe opérant activement dans ce territoire malgré la présence des militaires au service du RCD principalement composés de leurs alliés de l'Armée Patriotique Rwandaise.
• Selon des sources dignes de foi, en date du 2/12/99, deux personnes ont été tuées au moyen des machettes à Chifunzi dans le groupement de Kalonge par des Interahamwe associés aux Ex-FAR.
Il s'agit de :
Ces deux victimes s'étaient retrouvées, pour des raisons d'entretien et de survie domestiques, dans le rayon d'action sous contrôle de leurs bourreaux quand elles ont été prises en otage. Une autre personne se trouvait dans la même situation. C'était monsieur MUHEMERI qui effectuait la chasse aux gibiers dans la forêt qui avoisine la rivière Luha dans le même groupement.
Selon des informations en notre possession, lorsque ce dernier avait constaté que ses «co-detenus» venaient d'être abattus au moyen des coups de machettes, les mains ligotées, il s'est jeté dans la rivière qui l'a emporté. C'est ainsi qu'il a eu la vie sauve.
• Des informations nous parvenues en dernière minute, trois personnes viennent d'être assassinées par des Interahamwe à Maibano, ce dimanche 19/12/1999 dans le territoire de Bunyakiri. Les familles des victimes, pour la plupart, des femmes et des enfants, sont déjà à Bukavu. Elles viennent ainsi de s'ajouter au nombre déjà croissant des déplacés se trouvant à Bukavu nécessitant logement, vivres, habits, soins médicaux et autres formes d'assistance.
2.2. De l'insécurité généralisée
• Le 04/07/1999, des miliciens Interahamwe ont grièvement blessé par balles une femme ainsi qu'un pygmée du nom de Gustave. Ces incidents se sont respectivement déroulés à Tshisheke-Nuamatwe et à Miziku dans le territoire de Kabare.
• Dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12/07/1999, des éléments Maï-maï ont investi le village de Chigunju, localité de Mule dans le Groupement de Kalonge, en territoire de Kalehe. Après avoir menacé et intimidé les membres de la famille Makabagane qu'ils souspectaient d'être d'intelligence avec les Tutsi, ils ont lâchement abattu par balles deux responsables de cette famille, à savoir le père, Monsieur Makabagane et son fils, Monsieur Mastaki Muliri Makabagane.
• Du 8 au 10/08/1999, des Interahamwe ont investi les villages de Buhama et de Tshabaganda, dans la localité de Kasheke du groupement Mbinga Sud, en territoire de Kalehe. Après avoir été pillée systématiquement par ces envahisseurs, la population a été obligée à se déplacer vers les villages de Kadjuchu et de Tchifinjo en groupement d'Irhambi-Katana dans le territoire de Kabare.
• Dans la nuit du 9 au 10/08/1999, des hommes en uniforme militaire et fortement armés ont envahi la paroisse catholique de Luhwinja en territoire de Mwenga. Après avoir mis à tabac le Monsieur Barhigombwa Bavon, curé de la Paroisse, les soeurs de la congrégation franciscaine et Monsieur Buhendwa, médecin au Centre hospitalier de la place, ces envahisseurs ont profané l'Eglise et pillé tout ce qui s'y trouvait.
• Le mercredi 11/08/1999, vers 4h00 du matin, le quartier résidentiel du personnel de santé du Centre hospitalier d'Ifendula à Luhwinja territoire de Mwenga, a fait l'objet d'un pillage systématique de la part des miliciens Interahamwe. Ont été entre autres victimes de cette sinistre ipération de Docteur Buhendwa, les infirmiers Namegabe et Mugisho. Ils auraient aussi emporté une somme importante d'argent et bien d'autres effets de grande valeur.
• Du 3 au 6/9/1999, après une relative accalmie, les villages de Buhama, de Kabumbiro et de Nyamutwe, de la localité de Kasheke en groupement Mbinga Sud, territoire de Kalehe ont été attaqués par des Interahamwe. Fuyant l'insécurité causée par ces malfaiteurs, le chef du village de Buhama, Monsieur Maneraguhe Bihama (59 ans), a été trouvé demi-mort dans un buisson. Conduit précipitament au Centre de santé de la place, l'infortuné est mort le 4/9/1999.
• Le 13/09/1999, en territoire de Kabare, le curé de la paroisse de Murhesa, Monsieur l'Abbé Amuli Gustave et Monsieur Ruchulira Fiston, infirmier du centre de santé ont été blessés par balles tirées selon certaines sources par des Maï-maï venus du groupement de Kalonge. Le premier est allé suivre les soins à Nairobi au Kenya, le second à la FOMULAC/Katana.
• Le jeudi 04/11/1999, dans la localité Chibanda située dans le groupement Izege en territoire de Walungu, monsieur Chishesa Ombeni, marié et père de famille, a été victime d'une extorsion par des bandes armées Maï-maï. Parmi les objets emportés, on a cité une radio et quelques autres objets de valeur.
• Le mercredi 17/11/1999, à Nyamunindi, village situé à proximité de la cité de Kiliba, des bandits à main armée ont attaqué la camionnette de Monsieur Jean Dunia. Trois passagers dont 2 militaires Tutsi à bord de ce véhicule ont trouvé la mort à la suite de cet incident.
• Le 25/11/1999, le camp militaire du RCD situé à Shera dans le territoire d'Uvira a été attaqué et détruit par les FAP.
• Le vendredi, 10/12/1999, des bandits à main armée ont perturbé la sécurité de la population du village Kavunge près de la cité de Kiliba. A la suite de ces troubles, Monsieur Jean Kabombwe est mort, la fille de Monsieur Muharabu portée disparue après avoir été violée devant ses parents; Monsieur Kamihuru a été grièvement blessé à coups de poignards à l'omoplate gauche et huit familles dont celle de Kashombania ont été victimes de vol.
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Tout au long de ce rapport, l'asbl Héritiers de la Justice s'est apésantie à examiner la situation des droits de l'homme en République Démocratique du Congo (RDC) en énumérant quelques cas de violations commises dans la provinces du Sud-Kivu au cours du 2ème semestre 1999 par les deux forces en présence: le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) et les groupes armés.
Mesurant le niveau de ces violations par les deux parties, l'Association a constaté que la situation, en général, a été horrible et demeure préoccupante.
En effet, dans les milieux sous occupation des rebelles du RCD avec leurs alliés rwandais et burundais ou dans ceux sous contrôle des groupes armés Maï-maï ou Interahamwe, il a été observé plusieurs actes de violence et de torture allant jusqu'aux enterrements de personnes vivantes, dont la plupart des femmes. Aucune mesure efficace n'a été conçue ni prise par les responsables de l'une ou de l'autre partie au conflit pour les endiguer. Les discours des bélligérants avec leur force et leur noblesse, se sont averés en contradiction avec leur volonté politique ainsi qu'avec le respect des droits humains et du droit international humanitaire. Cette contradiction serait due à l'attitude adoptée par les responsables pour lutter contre les abus et les violations des droits de l'homme. Il est de plus en plus à craindre que la volonté manifeste de ces responsables des violations des Droits de l'Homme et d'autres exactions ne puissent jamais les transformer en acte susceptible de promouvoir le bien-être de la population du Sud-Kivu.
Des organisations de défense des droits de l'homme comme Héritiers de la Justice, Groupe Jérémie, Commission-Justice-Paix, CEDAC (Centre d'étude, de documentation et d'Animation Civique) ont vainement signalé les violations des droits humains. Parfois, elles ont même prévenu les autorités afin que celles-ci prennent des dispositions utiles pour les empêcher. Elles ont toujours demandé aux responsables civiles et militaires, d'initier des enquêtes approfondies et impartiales sur des cas de violations qui leur ont été signalés; d'en publier les résultats et de punir conformément à la loi en vigueur les auteurs. Mais toutes ces interventions n'ont pas transformé l'état de choses de manière attendue. Au contraire, les membres de ces organisations continuent d'être l'objet de menaces, de poursuite, d'intimidations, d'arrestation et de détention.
Il est donc nécessaire d'élaborer des stratégies solidement concertées susceptible de protéger les populations civiles vulnérables victimes de violations de leurs droits. Les aspects suivants doivent être examinés davantages et minutieusement :
- la mise en application de la Résolution 1234 des Nations Unies, de l'Accord de Lusaka et d'autres dispositions y afférentes
- l'implication des forces dites négatives dans le processus de recherche d'une solution durable au conflit qui déchire la RDC
- faciliter le travail en synérgie entre les organisations (Documentation, investigation, communication, protection)
- permettre aux activistes et organisations des droits de l'homme d'enquêter sur tous les cas de violation; d'accéder sans difficulté ni danger dans tous les milieux sous quel contrôle qu'ils se trouvent.
Héritiers de la Justice sollicite que les bélligérants, s'ils ne peuvent pas enterrer la hâche de guerre puissent décrèter une trève afin de permettre à la population autochtone innocente de bien commémorer l'entrée dans le 3ème millenaire.
Ces objectifs peuvent être atteints grâce aussi à la participation, dans ce processus, de la Communauté internationale qui se désengagerait au renforcement des parties bélligérantes.
Héritiers de la Justice demande à cette communauté de n'accorder aucun espace de repit à tous ceux qui sont impliqués directement ou indirectement dans les violations des droits de l'homme en RDC.
Bukavu Mars 2000 |
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