N°
N° 182 02 mai
2003
N O T A B E N E
DE HERITIERS DE LA JUSTICE
a.s.b.l.
Sous l’œil aveuglé de la population civile
Les militaires du RCD pillent méthodiquement en territoire de Mwenga
Les autorités provinciales et locales vont encore nier cela
Deux mois après que les autorités provinciales du Rassemblement Congolais pour la démocratie (RCD) du Sud-Kivu ont nié les exactions commises par certains commandants militaires dans la cité minière de Kamituga en territoire de Mwenga, de nouvelles formes de pillage sont observées et déplorées dans cette entité administrative.
Parti de Kamituga le 23 avril 2003, le lieutenant-colonnel Thierry Ilunga , envoyé spécial de l’Etat-major de l’Armée nationale congolaise (ANC) auprès du Congo Holding Development Compagny (CHDC), est arrivé à Bukavu le même jour, à bord d’un avion de la compagnie Kivu Air, portant dans ses valises un moteur électrique et bien d’autres matériels non identifiés appartenant à l’ancienne Société minière du Kivu (SOMINKI).
Selon des témoins, le moteur en question portait le N° immobilisé à la SOMINKI 50.15.05 et aurait servi à la traction des wagons au filon Mobale de Kamituga.
L’opinion se rappellera que l’a.s.b.l Héritiers de la Justice venait de dénoncer, dans son feuillet NOTA BENE N° 148 du 14/01/2003, des abus infligés aux populations de Kamituga par le commandant Thierry Ilunga, surnommé «Diviser par deux».
En réaction, dans une longue lettre datée de Kamituga le 14/02/2003 portant 12 fausses signatures des personnes qui se prévalent représenter la population locale, celles-ci cherchent à démentir et à traiter de diffamatoires les informations contenues dans le NOTA BENE susmentionné.
Donnant son point de vue au sujet de l’article précité, Monsieur Musiwa Winene Alexandre, Secrétaire permanent du RCD en territoire de Mwenga, dans sa lettre du 28/02/2003, fait une apologie des officiers de l’ANC basés à Kamituga et qualifie de «tendancieux voire séditieux» les renseignements fournis par Héritiers de la Justice.
Cependant, le même apologiste confirme la commission des abus et des violations des droits de l’homme dans ce territoire en ces termes : « Il se passe ici d’innombrables scènes d’emmerdements flagrants et de violations de droits fondamentaux humains (…) , et en cite quelques cas dont les barrières, les surtaxes, les tracasseries de tous bords, les distributions anarchiques des terres, le commerce des pièces de procédure…
Contradictoirement, dans une lettre collective non datée et adressée au Général de division et Président du RCD/Goma, 22 originaires de la Collectivité de Wamuzimu dénoncent la confiscation par les militaires du pouvoir coutumier et de l’administration civile. Ils désavouent l’attitude belliciste des chefs militaires en place à Kamituga et citent nommément le Commandant Thierry Ilunga qui depuis « son arrivée dans cette partie du Sud-Kivu (…) qui regorge d’énormes ressources et richesse du sol et du sous-sol, ( …) se distingue par des abus et irrégularités de tout genre » (…) parmi lesquels des « arrestations arbitraires, des destructions méchantes du patrimoine de l’ex-SOMINKI, l’occupation par des militaires de l’université IFSD (…) des extorsions, des détournements des biens publics, l’imposition des taxes à diviser par deux aux églises, aux creuseurs d’or, aux commerçants, aux locataires des maisons de l’ex-SOMINKI et aux détenteurs du courant électrique et d’eau de REGIDESO » (sic). Ces signataires en arrivent même à demander le rappel de cet officier par ses chefs hiérarchiques.
Plusieurs personnes, suspectées de servir des sources d’information à Héritiers de la Justice, ont fait l’objet de menace d’arrestation et de mort.
Toutes ces allégations, apparemment contradictoires, constituent à la fois une sonnette d’alarme et une interpellation à l’endroit des autorités du RCD à tous les niveaux.
Par ailleurs, des informations en provenance du territoire de Mwenga font état des allégations de rançonnement bien organisé. A l’aéronef de Manungu à Kamituga, , les voyageurs civils sont soumis au paiement d’une taxe sans quittance évaluée à 5 $ US. Cette taxation qui serait perçue pour le compte du colonel Ramazani Fundi, dit Rama, commandant du 64è bataillon-infanterie, est répartie et perçue comme suit : 3 $US dit «effort de guerre» par un agent public des services de la Division de Transport et Communication, (TRANSCOM); 1 $US dit «droit d’entrée à l’aéroport par les militaires; 1 $US de visa par la Direction de Sécurité et de Renseignements (DSR).
Les personnes qui se déplacent de Kamituga à Kitutu, distants de 45 kilomètres, sont obligées de le faire par groupe convoyé par des militaires auxquels chaque voyageur doit payer 500 FC ( presque 2 dollars ). Ce paiement n’exclut pas d’autres frais à débourser devant les nombreuses barrières érigées tout au long de la route et des chemins.
La population de Kamituga se réjouit que les hauts officiers militaires actifs à Kamituga encadrent les jeunes dans leurs activités sportives. Toutefois, à travers un regard prospectif, elle considère qu’il ne s’agit que d’une distraction et voit la belle cité minière au bord de la ruine qu’il faut nécessairement prévenir.
Aussi, l’asbl Héritiers de la Justice estime que la destruction et le pillage de biens publics en général, et du patrimoine de l’ex-SOMINKI, dans ce cas précis, constituent de graves revers pour les droits de l’homme et une violation des objectifs du RCD définis dans sa Déclaration politique du 12/08/1998 qui établit de «construire une économie intégrée par une gestion rigoureuse et responsable en partant des secteurs prioritaires en vue d’éradiquer la misère du peuple et de poser des bases du développement économique du pays».
Tout en déplorant l’usage de faux auquel certaines personnalités de Kamituga ont eu recours en vue de disculper les responsables militaires pour les exactions qui pèsent sur eux, Héritiers de la Justice souhaite que des enquêtes mixtes soient initiées à ce sujet, que les résultats en soient publiés, les coupables déférés devant la justice et punis conformément à la loi.
Héritiers de la Justice invite la population du territoire de Mwenga et d’ailleurs à ne jamais résigner à dénoncer les violations des droits humains dont elle est quotidiennement victime malgré elle.
Bukavu, le 02 mai 2003
Héritiers de la Justice
Edité par Héritiers de la Justice,
a.s.b.l., Service des Eglises Protestantes
pour les droits humains et la paix
email : heritiers@yahoo.com siteweb : www.heritiers.org
B.P. 234 Cyangugu/ Rwanda
B.P . 109 Bukavu/RDCongo