N°
Situation des droits de l'homme en République démocratique du Congo
Décision de la
Commission des droits de l'homme 2003/15
La Commission des droits de l'homme,
Réaffirmant
que
tous les États Membres de l'Organisation des Nations Unies sont tenus de
promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales,
Notant que la
République démocratique du Congo est partie à plusieurs instruments
internationaux et régionaux relatifs aux droits de l'homme ainsi qu'à plusieurs
instruments relatifs au droit international humanitaire,
Rappelant
ses
résolutions antérieures sur la question, dont la plus récente est sa résolution
2002/14 du 19 avril 2002, et celles de l'Assemblée générale, dont la plus
récente est la résolution 57/233 du 18 décembre 2002, ainsi que les résolutions
du Conseil de sécurité sur le sujet, dont la plus récente est la résolution
1468 (2003) du 20 mars 2003, et la déclaration du Président du Conseil de
sécurité du 15 janvier 2003,
Rappelant
le
rapport de la Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires,
sommaires ou arbitraires sur les massacres qui se sont produits dans la région
de Kisangani, le 14 mai 2002 et après cette date (E/CN.4/2003/3/Add.3), et se
référant à cet égard à la déclaration du Président du Conseil de sécurité du 18
octobre 2002 (S/PRST/2002/27),
Prenant
note du rapport du Secrétaire général du 24 février 2003, ainsi que du
rapport du Secrétaire général relatif aux enfants et aux conflits armés du 26
novembre 2002 (S/2002/1299),
Préoccupée
par
les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire
commises sur le territoire de la République démocratique du Congo par toutes
les parties au conflit, dont font notamment état le rapport du Haut-Commissaire
aux droits de l'homme (S/2003/216) et le rapport oral de la Rapporteuse
spéciale sur la situation des droits de l'homme en République démocratique du
Congo,
1. Accueille
avec satisfaction:
a) Les Accords de
paix signés à Pretoria le 30 juillet 2002 et à Luanda le 6 septembre 2002,
ainsi que l'Acte final du dialogue intercongolais, et la conclusion de l'Accord
global de transition signé le 2 avril 2003 qui endosse l'accord de Pretoria du
17 décembre 2002, et l'accord concernant une constitution de transition et une
armée nationale signé à Pretoria le 6 mars 2003;
b) La présence
continue et le plus ample déploiement de la Mission de l'Organisation des
Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) à l'appui de la mise
en œuvre de l'Accord de cessez-le-feu signé à Lusaka, des accords de paix de
Pretoria et de Luanda et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité;
c) La libération
effective de certains défenseurs des droits de l'homme et l'action du Ministère
congolais des droits humains;
d) La visite du Haut-Commissaire
des Nations Unies aux droits de l'homme en République démocratique du Congo du
12 au 15 janvier 2003, le rapport qu'il a présenté au Conseil de sécurité le 21
février 2003 (S/2003/211), ainsi que l'action menée par son Bureau en
République démocratique du Congo, tout en encourageant le Gouvernement à
poursuivre et à renforcer la coopération avec ce bureau;
e) Le rapport
présenté par la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en
République démocratique du Congo à la cinquante-septième session de l'Assemblée
générale des Nations Unies (A/57/437) et sa récente visite au Congo du 28
février au 10 mars 2003;
f) Les consultations
entre le Secrétaire général et le Haut-Commissaire aux droits de l'homme sur
les moyens de traiter la question de l'impunité en République démocratique du
Congo, prenant note de la proposition du Haut-Commissaire d'établir une
commission d'enquête internationale chargée d'enquêter sur les violations
graves des droits de l'homme et du droit international humanitaire;
g) La promulgation
par le Chef de l'État, le 4 avril 2003, de la Constitution devant régir le pays
pendant toute la durée de la transition;
2. Se
déclare préoccupée par:
a) La
violation persistante des droits de l'homme et du droit international
humanitaire en République démocratique du Congo, en particulier dans l'Ituri et
dans la partie orientale du pays;
b) La profonde
insécurité qui règne particulièrement dans les zones tenues par des rebelles
armés et qui réduit gravement l'aptitude des organisations humanitaires à avoir
accès aux populations touchées;
c) Les rapports
faisant état d'actes de mutilation et de cannibalisme commis dans la région de
Mambasa par des forces du Mouvement de libération du Congo (MLC) et du
Rassemblement congolais pour la démocratie * National (RCD/N);
3. Condamne:
a) Les massacres qui
ont eu lieu dans la province de l'Ituri, notamment ceux qui ont eu lieu
récemment à Drodro, et appuie les efforts de la MONUC et du Bureau du
Haut-Commissaire aux droits de l'homme pour enquêter sur la question;
b) La
perpétuation et l'intensification des combats dans l'est du pays, qui
continuent de faire de nombreuses victimes parmi la population civile en
violation du droit international humanitaire, en particulier dans l'Ituri et
dans les Kivu, ainsi que dans les zones sous le contrôle effectif du
Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), du Rassemblement
congolais pour la démocratie-Mouvement de libération (RCD/ML), du RDC/N et du
MLC;
c) Les
représailles à l'encontre des populations civiles dans les territoires
contrôlés par le RCD-Goma, d'une part, et le MLC, d'autre part, en particulier
l'opération «Effacer le tableau» fin 2002, ainsi que les exactions perpétrées
récemment par l'Union des patriotes congolais (UPC); et souligne que les forces
étrangères qui soutiennent le RCD-Goma, le MLC et l'UPC doivent être également
tenues pour responsables des massacres et atrocités perpétrées;
d) La poursuite des
violences dans la région de l'Ituri, et souligne à cet égard qu'il incombe à
l'Ouganda et aux rebelles qui contrôlent de facto la zone de faire respecter
les droits de l'homme et de cesser d'instrumentaliser les conflits ethniques;
e) Les cas
d'exécutions sommaires ou arbitraires, de disparition, de torture, de
harcèlement, d'arrestation, de persécution de nombreuses personnes et de
détention arbitraire pour de longues périodes;
f) Le recours
largement répandu aux violences sexuelles contre les femmes et les enfants, y
compris comme moyen de guerre;
g) La poursuite du
recrutement et de l'emploi d'enfants soldats par des forces et groupes armes
sur le territoire de la République démocratique du Congo;
h) L'impunité des
responsables de violations des droits de l'homme et du droit international
humanitaire, et rappelle à cet égard que la République démocratique du Congo
est partie au Statut de Rome de la Cour pénale internationale;
i) L'exploitation
illégale des ressources naturelles de la République démocratique du Congo, par
le lien qui existe entre cette exploitation et la poursuite du conflit;
4. Demande
instamment à toutes les parties au conflit en République démocratique du
Congo:
a) De mettre un
terme à toute activité militaire, notamment au soutien apporté aux groupes
armés qui sont leurs alliés, afin de permettre le rétablissement sans délai de
la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la République démocratique du
Congo;
b) De respecter
leurs obligations relatives à la mise en œuvre de la Constitution de
transition;
c) De protéger les
droits de l'homme et de respecter le droit international humanitaire dans les
zones qu'elles contrôlent, d'autoriser l'accès à ces zones, en toute liberté et
sécurité, afin de permettre et d'appuyer des enquêtes sur les présumées graves
violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire dans le
but de traduire les responsables devant la justice, et, dans cette perspective,
de coopérer pleinement avec les mécanismes internationaux de protection des
droits de l'homme;
d) De cesser
immédiatement de recruter et d'utiliser les enfants en violation du droit
international, ayant à l'esprit qu'en vertu de la Convention relative aux
droits de l'enfant et du Protocole facultatif concernant l'implication
d'enfants dans les conflits armés, les personnes âgées de moins de 18 ans ont
droit à une protection spéciale, et de fournir sans délai des renseignements
sur les mesures prises pour mettre fin à ces pratiques;
e) De respecter les
droits des femmes et de prendre des mesures spéciales pour protéger les femmes
et les enfants de violences sexuelles et de toute autre forme de violence;
f) De coopérer avec
la Commission de pacification de l'Ituri pour superviser le règlement du
conflit dans le nord-est de la République démocratique du Congo;
g) De veiller à ce
que les officiers militaires dont les noms sont cités dans le rapport du
Haut-Commissaire aux droits de l'homme à propos de violations graves du droit
international humanitaire et des droits de l'homme continuent de faire l'objet
d'enquêtes et, si les conclusions de ces enquêtes le justifient, à ce qu'ils
soient traduits en justice;
h) De tenir
compte, lorsqu'elles choisiront les candidats aux postes clefs dans le
gouvernement de transition, de leur détermination et de leurs actions passées
en ce qui concerne le respect du droit international humanitaire et des droits
de l'homme et la promotion du bien-être de tous les Congolais;
i) D'empêcher que ne
s'instaure une situation risquant d'engendrer des mouvements de réfugiés et de
personnes déplacées sur le territoire de la République démocratique du Congo et
à ses frontières, et de prendre et d'appliquer toutes les mesures nécessaires
pour créer les conditions propices au retour librement consenti de tous les
réfugiés et personnes déplacées;
j) D'assurer
la sécurité et la liberté de mouvement du personnel de l'Organisation des
Nations Unies, et de garantir l'accès sans restriction du personnel humanitaire
à toutes les populations touchées;
k) De coopérer
pleinement avec les organismes des Nations Unies, les organisations
humanitaires et la Banque mondiale afin d'assurer la démobilisation et la
réinsertion rapide des groupes armés, en particulier des enfants soldats;
5. Demande
au Gouvernement de la République démocratique du Congo de prendre des
mesures concrètes en vue:
a) De mettre
en œuvre, de concert avec toutes les parties congolaises, l'accord de partage
du pouvoir conclu à Pretoria le 17 décembre 2002 et d'appliquer la constitution
de transition ainsi promulguée, de manière à ouvrir effectivement la période de
transition et à créer des conditions propices à un processus de démocratisation
authentique;
b) De
s'acquitter pleinement des obligations qui lui incombent en vertu des
instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme et, dans ce but, de
poursuivre la coopération avec les mécanismes de protection des droits de
l'homme des Nations Unies et renforcer encore sa coopération avec le Bureau du
Haut-Commissaire aux droits de l'homme en République démocratique du Congo;
c) De mettre un
terme à l'impunité et de veiller, comme il en a le devoir, à ce que les
personnes responsables d'atteintes aux droits de l'homme et de graves
violations du droit international humanitaire soient traduites en justice
conformément aux normes relatives à l'équité des procès;
d) De
continuer de coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international pour le
Rwanda;
e) De
poursuivre la réforme du système judiciaire, et, à cet égard, l'invite à
concrétiser sans délai les décisions concernant la suppression de la Cour
d'ordre militaire, et prend acte de l'entrée en vigueur des décrets
présidentiels concernant la réforme du système judiciaire militaire;
f) De rétablir le
moratoire sur la peine de mort et de persévérer dans son intention déclarée
d'abolir progressivement la peine capitale, et déplore à cet égard l'usage de
la peine de mort, en particulier les condamnations à mort prononcées le 7
janvier 2003 par la Cour d'ordre militaire chargée de juger des personnes
accusées d'être impliquées dans l'attentat dont fut victime l'ancien Président
de la République démocratique du Congo;
g) De fermer
effectivement les centres de détention irréguliers dont les conditions de
traitement sont dégradantes, conformément à la décision du 8 mars 2001;
6. Demande
au Haut-Commissaire aux droits de l'homme de la tenir informée des
consultations entre son Bureau et le Secrétaire général sur les moyens d'aider
le gouvernement de transition de la République démocratique du Congo à régler
la question de l'impunité;
7. Décide:
a) De proroger
d'une année encore le mandat de la Rapporteuse spéciale sur la situation des
droits de l'homme en République démocratique du Congo, de prier celle-ci de
présenter un rapport intérimaire à l'Assemblée générale à sa cinquante-huitième
session, et de faire rapport à la Commission, à sa soixantième session, sur la
situation des droits de l'homme en République démocratique du Congo;
b) De demander au
Secrétaire général d'apporter à la Rapporteuse spéciale sur la situation des
droits de l'homme en République démocratique du Congo toute l'aide nécessaire
pour qu'elle puisse s'acquitter pleinement de son mandat;
8. Recommande
au Conseil économique et social d'adopter le projet de décision suivant:
«Le Conseil économique et social, prenant note de la
résolution 2003/15 de la Commission des droits de l'homme en date du 17 avril
2003, approuve la décision de la Commission de proroger d'une année encore le
mandat de la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en
République démocratique du Congo, de prier celle-ci de présenter un rapport
intérimaire à l'Assemblée générale à sa cinquante-huitième session, et de faire
rapport à la Commission à sa soixantième session.».
54e
séance
17 avril 2003
[Adoptée sans vote.
Voir chap. IX. E/CN.4/2003/L.11]