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Arbres et bovins menacés
d’extinction à Sange et ses environs
Les Interahamwe
s’ingénient dans le pillage des vaches alors que les militaires
de l’ex-rébellion RCD excellent en déboisement
Le droit à la propriété et
celui à l’environnement sain sont deux de moins respectés si pas
de plus méconnus au Sud-Kivu en général et dans la Plaine de la
Ruzizi aux alentours de la Cité de Sange en particulier depuis
le déclenchement de deux dernières guerres de 1996 et 1998.
Le rayonnant cheptel bovin et
caprin ainsi que la multitude des espaces boisés qui faisaient,
il y a peu, la fierté de ce territoire où la famine était un
piètre mot, sont plus que jamais malmenés et menacés
d’extinction par les nombreux détenteurs d’armes à feu.
En effet, la plupart des
bandes armées hutu rwandaises (Interahamwe) et burundaises (FDD
et FNL) mais aussi les Maï-maï rivalisent durant les 4 années
de guerre dans le vol du gros et petit bétail. Aujourd’hui, la
première milice citée reste de loin la plus active en ce
domaine.
Les troupeaux bovins, évalués
à plus de 50.000 têtes avant la guerre, sont aujourd’hui réduits
à l’état résiduel, avec moins de 2.000 têtes, et les quelques
éleveurs encore chanceux d’en avoir, sont amenés à les garder et
à les pâturer non loin des positions militaires de
l’ex-rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie
(RCD).
Le groupe Interahamwe,
commandé par le fameux major Nguba secondé par Kabido, dont les
effectifs sont de plus en plus croissants dans les villages
abandonnés de Rugeje, Kanga, Rukobero et Mubere en groupement
Kigoma dans la Collectivité-chefferie de Bafuliru à l’ouest de
Sange, diversifie les stratégies et les expéditions pour
s’assurer, à première vue, de la permanence de la viande à
consommer.
De plusieurs sources
concordantes, l’on apprend par contre qu’une grande partie des
vaches pillées seraient acheminées dans les hauts plateaux de
Minembwe pour être échangées avec les armes et munitions dans le
but de s’assurer un séjour prolongé au Congo et de mener des
opérations nourricières ultérieures.
Parmi les récentes attaques
du genre on peut citer :
- la descente à Bwegera le 15
juillet 2003, menée en coalition avec les Maï-maï du commandant
Ruharara du secteur Rurama-Kashama dans les Moyens Plateaux
ouest de Bwegera, a fait perdre aux pasteurs plus de 200 têtes
de bétail et causé environ 15 morts civils et militaires (RCD et
assaillants);
- celle du 22/07/2003 à Sange
dans la concession de la Coopérative paysanne Mkulima, quartier
Musenyi à environ 50 mètres de la position de la police et à ±
200 mètres de celle des militaires du RCD par laquelle cette
milice est parvenue à emporter, sans un moindre tir de balles,
24 vaches appartenant notamment aux sieurs Heri, Bahuzibwa,
Musoyo, Evariste, Kamijo, Moseka, Fulwe, Katene et le boucher
Ndoni ;
- le raid sur Mutarule lundi
18/08/2003 s’est soldé par 62 bêtes pillées, 17 tuées par
balles, deux gardes militaires abattus, deux autres et une femme
blessés. Les vaches emportées étaient propriété de sieurs Amos
Mukika (33), Mugungira Mubira (20) et Mihuku Mbinga (9).
De leur côté, pour se
procurer de l’argent, les militaires congolais de l’ex-rébellion
RCD se comportent en bûcherons, s’évertuent non seulement à
l’abattage effréné d’arbres sauvages et à la destruction
méchante des domaines reboisés mais aussi au vol de tôles et
bâches qui couvrent les maisons et écoles désertées par des
villageois ainsi qu’à la récolte illicite des champs de ces
derniers. Des organisations non gouvernementales telles
Solidarité Paysanne et le Projet de reboisement de la 8è
Communauté des Eglises de Pentecôte en Afrique Centrale (CEPAC)
de même que bon nombre d’initiatives locales de développement
et des particuliers observent impuissants leurs oeuvres
anéanties. La majeure partie de la population paysanne de la
localité Kabunambo, Rukango, Kibogoye, Mutarule, Kigoma, ... est
interdite d’accès dans ses champs de manioc.
Pour ce faire, des hommes
sont réquisitionnés de leurs maisons ou récupérés dans les
champs, par dizaine, pour participer, bon gré malgré, à cette
entreprise destructrice de l’environnement, alors que les
femmes, aussi en grand nombre, sont happées sur leur chemin
agraire pour déraciner les maniocs et les amener aux camps
situés à Kabunambo où loge le commandant Bataillon et celui du
quartier Musenyi, résidence de son adjoint. En plus, hommes et
femmes sont forcément mis à contribution dans les étapes
supplémentaires de préparation des cossettes.
Les militaires interrogés sur
place reconnaissent implicitement l’illégalité de leurs actes
répréhensibles commis au su de leurs chefs et soutiennent au
même moment que nul ne peut les en interdire tant qu’ils seront
impayés; «les soldats et leurs familles ont aussi droit à la
vie», ont-ils martelé.
Se rendre au champ, dans
cette atmosphère d’asservissement des populations civiles qui
perdent de plus en plus confiance dans l’armée devant les
protéger, devient un sacrifice dont ne prennent le risque que
les plus âgés, les moins productifs par contre.
Une insécurité grandissante
et surtout une crise humanitaire à grande échelle dans cette
région réputée être le grenier du territoire d’Uvira et de la
province du Sud-Kivu sont à craindre à l’approche de la nouvelle
saison culturale.
Indignée par cette situation
assimilable à une calamité endémique sciemment entretenue par
des hommes en armes, nationaux et étrangers, actifs dans cette
partie du pays, l’asbl Héritiers de la Justice demande au
pouvoir en place de rappeler ses troupes à l’ordre et à la
discipline en arrêtant et en faisant appliquer des mesures
fortes de protection des civils, leurs biens et l’environnement
dont la destruction en cours est et sera lourde de conséquences.
Héritiers de la Justice est
inquiète des crimes écologiques et économiques odieux ainsi que
de multiples crimes contre l’humanité commis par les Interahamwe
en RDCongo depuis le génocide rwandais d’avril 1994.
Se référant au Droit
International Humanitaire qui considère comme crime contre
l’humanité tout fait qui altère ou dégrade profondément
l’environnement, l’organisation condamne avec force ces
agissements des milices Interahamwe et autres militaires
congolais qui cherchent à rendre impossible, de manière durable,
la vie de la communauté dans la Plaine de la Ruzizi.
L’ asbl Héritiers de la
Justice rappelle qu’en visant les cibles civiles, les auteurs
ci-haut cités agissent en violation des articles 51, 52 et 53 du
Protocole I ainsi que 13 et 14 du Protocole additionnels II des
Conventions de Genève du 12/08/1949 relatifs à la protection de
la population civile.
C’est pourquoi,
l’association recommande-t-elle à la MONUC de renforcer et
surtout de rendre opérationnelle sa cellule DDRRR dans la Plaine
de la Ruzizi afin d’obtenir aussi rapidement que possible la
démobilisation, le désarmement et le rapatriement dans leurs
pays de ces éléments de triste mémoire.
Enfin, Héritiers de la
Justice souhaite que ce processus n’épargne de poursuites les
responsables avérés des crimes dans ce pays hôte.
Héritiers de la Justice
Le 10 sept. 2003
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