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No 221  

10 Sept 2003

Nota Bene

Arbres et  bovins menacés d’extinction à Sange et ses environs

 

Les Interahamwe s’ingénient dans le pillage des vaches alors que les militaires de l’ex-rébellion RCD excellent en déboisement

 

 Le droit à la propriété et celui à l’environnement sain sont deux de moins respectés si pas de plus méconnus au Sud-Kivu en général et dans la Plaine de la Ruzizi aux alentours de la Cité de Sange en particulier depuis le déclenchement de deux dernières guerres de 1996 et 1998.

 

Le rayonnant cheptel bovin et caprin ainsi que la multitude des espaces boisés qui faisaient, il y a peu, la fierté de ce territoire où la famine était un piètre mot, sont plus que jamais malmenés et menacés d’extinction par les nombreux  détenteurs d’armes à feu.

 

En effet, la plupart des bandes armées hutu rwandaises (Interahamwe) et burundaises (FDD et FNL) mais aussi les  Maï-maï rivalisent durant  les 4 années de guerre dans le vol du gros et petit bétail. Aujourd’hui, la première milice citée reste de loin la plus active en ce domaine.

 

Les troupeaux bovins, évalués à plus de 50.000 têtes avant la guerre, sont aujourd’hui réduits à l’état résiduel, avec moins de 2.000 têtes, et les quelques éleveurs encore chanceux d’en avoir, sont amenés à les garder et à les pâturer non loin des positions militaires de l’ex-rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD).

 

Le groupe Interahamwe, commandé par le fameux major Nguba secondé par Kabido, dont les effectifs sont de plus en plus croissants dans les villages abandonnés de Rugeje, Kanga, Rukobero et Mubere en groupement Kigoma dans la Collectivité-chefferie de Bafuliru à l’ouest de Sange, diversifie les stratégies et les expéditions pour s’assurer, à première vue, de  la permanence de la viande à consommer.

 

De plusieurs sources concordantes, l’on apprend par contre qu’une grande partie des vaches pillées seraient acheminées dans les hauts plateaux de Minembwe pour être échangées avec les armes et munitions dans le but de s’assurer un séjour prolongé au Congo et de mener des opérations nourricières ultérieures.

 

Parmi les récentes attaques du genre on peut citer :

- la descente à Bwegera le 15 juillet 2003, menée en coalition avec les Maï-maï du commandant Ruharara du secteur Rurama-Kashama dans les Moyens Plateaux  ouest de Bwegera, a fait perdre aux pasteurs plus de 200 têtes de bétail et causé environ 15 morts civils et militaires (RCD et assaillants);

- celle du 22/07/2003 à Sange dans la concession de la Coopérative paysanne Mkulima, quartier Musenyi à environ 50 mètres de la position de la police et à ± 200 mètres de celle des militaires du RCD par laquelle cette milice est parvenue à emporter, sans un moindre tir de balles, 24 vaches appartenant notamment aux sieurs Heri, Bahuzibwa, Musoyo, Evariste, Kamijo, Moseka, Fulwe, Katene et le boucher Ndoni ;

- le raid sur Mutarule lundi 18/08/2003 s’est soldé par 62 bêtes pillées, 17 tuées par balles, deux gardes militaires abattus, deux autres et une femme blessés. Les vaches emportées étaient propriété de sieurs Amos Mukika (33), Mugungira Mubira (20) et Mihuku Mbinga (9).

 

De leur côté, pour se procurer de l’argent, les militaires congolais de l’ex-rébellion RCD se comportent en bûcherons, s’évertuent non seulement à l’abattage effréné d’arbres sauvages et à la destruction méchante des domaines reboisés mais aussi au vol de tôles et bâches qui couvrent les maisons et écoles désertées par des villageois ainsi qu’à la récolte illicite des champs de ces derniers. Des organisations non gouvernementales telles Solidarité Paysanne et le Projet de reboisement de la 8è Communauté des Eglises de Pentecôte en Afrique Centrale (CEPAC) de même que bon nombre d’initiatives locales de développement  et des particuliers observent impuissants leurs oeuvres anéanties. La majeure partie de la population paysanne de la localité Kabunambo, Rukango, Kibogoye, Mutarule, Kigoma, ... est interdite d’accès dans ses champs de manioc.

 

Pour ce faire, des hommes sont réquisitionnés de leurs maisons ou récupérés dans les champs, par dizaine, pour participer, bon gré malgré, à cette entreprise destructrice de l’environnement, alors que les femmes, aussi en grand nombre, sont happées sur leur chemin agraire pour déraciner les maniocs et les amener aux camps situés à Kabunambo où loge le commandant Bataillon et celui du quartier Musenyi, résidence de son adjoint. En plus, hommes et femmes sont forcément mis à contribution dans les étapes supplémentaires de préparation des cossettes.

 

Les militaires interrogés sur place reconnaissent implicitement l’illégalité de leurs actes répréhensibles commis au su de leurs chefs et soutiennent au même moment que nul ne peut les en interdire tant qu’ils seront impayés; «les soldats et leurs familles ont aussi droit à la vie», ont-ils martelé.

 

Se rendre au champ, dans cette atmosphère d’asservissement des populations civiles qui perdent de plus en plus confiance dans l’armée devant les protéger, devient un sacrifice dont ne prennent le risque que les plus âgés, les moins productifs par contre.

 

Une insécurité grandissante et surtout une crise humanitaire à grande échelle dans cette région réputée être le grenier du territoire d’Uvira et de la province du Sud-Kivu sont à craindre à l’approche de la nouvelle saison culturale.

 

Indignée par cette situation assimilable à une calamité endémique sciemment entretenue par des hommes en armes, nationaux et étrangers, actifs dans cette partie du pays, l’asbl Héritiers de la Justice demande au pouvoir en place de  rappeler ses troupes à l’ordre et à la discipline en arrêtant et en faisant appliquer des mesures fortes de protection des civils, leurs biens et l’environnement dont la destruction en cours est et sera lourde de conséquences.

 

Héritiers de la Justice est inquiète des crimes écologiques et économiques odieux ainsi que de multiples crimes contre l’humanité commis par les Interahamwe en RDCongo depuis le génocide rwandais d’avril 1994.

 

Se référant au Droit International Humanitaire qui considère comme crime contre l’humanité tout fait qui altère ou dégrade profondément l’environnement, l’organisation condamne avec force ces agissements des milices Interahamwe et autres militaires congolais qui cherchent à rendre impossible, de manière durable, la vie de la communauté dans la Plaine de la Ruzizi.

 

L’ asbl Héritiers de la Justice rappelle qu’en visant les cibles civiles, les auteurs ci-haut cités agissent en violation des articles 51, 52 et 53 du Protocole I ainsi que 13 et 14 du Protocole  additionnels II des Conventions de Genève du 12/08/1949 relatifs à la protection de la population civile.

 

C’est pourquoi,  l’association recommande-t-elle à la MONUC de renforcer et surtout de rendre opérationnelle sa cellule DDRRR dans la Plaine de la Ruzizi afin d’obtenir aussi rapidement que possible la démobilisation, le désarmement et le rapatriement dans leurs pays de ces éléments de triste mémoire.

 

Enfin, Héritiers de la Justice souhaite que ce processus n’épargne de poursuites les responsables avérés des crimes dans ce pays hôte.

 

 

Héritiers de la Justice

 

Le 10 sept. 2003

 

 

 

Edité par Héritiers de la Justice, a.s.b.l., Service des Eglises Protestantes pour les droits humains et la paix

email : heritiers@yahoo.com    siteweb :  www.heritiers.org

B.P. 234 Cyangugu/ Rwanda    B.P . 109 Bukavu/RDCongo