Cri
de détresse des paysans de la Plaine de la Ruzizi en territoires
d’Uvira et de Walungu
Qui
mettra fin à la moisson et à la destruction méchantes
des champs par des militaires
congolais impunis
Les
populations paysannes de la Plaine de la Ruzizi en général et en
particulier celles de la Cité de Sange, de la localité de Kamanyola
et leurs environs, continuent à décrier la récolte indue dans leurs
champs par les militaires congolais basés dans leurs milieux et
d’autres exactions subies du chef de ces hommes de troupes.
En effet, des sources concordantes
diversifiées dans la Plaine allèguent que les éléments des Forces
Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) sévissent
contre ces paysans déjà paupérisés par les guerres et la multitude
des groupes et bandes armés qui pullulent dans cette partie de la
province du Sud-Kivu. Ces militaires y avaient été déployés en grand
nombre à la suite de l’occupation successive de la ville de Bukavu
et du Centre de négoce de Kamanyola par les troupes dissidentes
conduites par le Colonel Jules Mutebutsi Mutambatamba.
Au nombre des supplices infligés à ces
paisibles citoyens, l’on cite :
-
Le
pillage et la destruction des cultures entraînant aujourd’hui une
raréfaction des denrées alimentaires dans les ménages et sur les
marchés locaux. L’on se souviendra que cette partie du Sud-Kivu
ainsi que les montagnes la surplombant étaient, il y a peu de
temps, considérées comme l’un des greniers les plus sûrs de la
province et des pays voisins, le Rwanda et le Burundi notamment. La
farine de manioc, de maïs, la patate douce, le riz, les cacahuètes,
les agrumes, … que cette plaine fournissait en abondance à la ville
de Bukavu y deviennent rares et accusent de ce fait de hausses
vertigineuses des prix ;
-
Les
barrières multiples et incontrôlées érigées sur les routes et les
sentiers par lesquels les habitants des moyens plateaux accèdent aux
marchés de Sange, Luberizi et Runingu notamment, les diverses
tracasseries (fouilles systématiques, taxes en nature ou en espèce
leur imposées par les militaires, …) font que beaucoup se résignent
de plus en plus de continuer à prendre le risque d’une entreprise
déficitaire et source d’humiliations. Les produits agricoles en
provenance de ces hauteurs sont donc devenus quasi-invisibles dans
les marchés précités ;
-
L’abattage effréné par des
hommes en armes des arbres naturels et surtout à des boisements
privés et pour produire de la braise. Des sources dignes de foi
affirment que les soldats sont devenus d’importants fournisseurs de
ces denrées aux marchés locaux. Même les arbres fruitiers, notamment
les manguiers, les tamariniers, les goyaviers, … ne sont pas
exemptés de cette entreprise répréhensible de destruction de
l’environnement ;
-
Des
réquisitions des civils, même des élèves sur la route de l’école,
pour des travaux par des militaires : construction des cabanes dans
les campements, transport des effets militaires, approvisionnement
en eau, et même dans la destruction des champs fustigée ci-dessus. A
Sange, particulièrement, le Commandant local connu sous le nom de
Sungu Sungu a obligé les Chefs des Quartiers de mettre à sa
disposition, chaque vendredi, des hommes pour divers travaux dans le
camp.
-
Le vol. Plus d’une fois,
on a rapporté des cas où des militaires rusés ont profité de la
sortie matinale des adultes partis aux champs ou à d’autres travaux
dont les corvées imposées des chefs militaires pour tromper, à
l’aide des confiseries ou d’un peu d’argent, les petits enfants
restés seuls à la maison après que leurs aînés se soient rendus à
l’école. Ils s’introduisent dans les maisons et s’emparent de ce
qu’ils y trouvent. Les éléments qui ont été identifiés par certains
enfants dupés, puis accusés auprès de leurs commandants avec preuve
matérielle à l’appui, notamment Isironi Rukabo, « Marocain » et deux
autres attrapés la main dans le sac, font rarement 48 heures en
détention sans que les victimes soient réhabilitées dans leurs
droits.
Beaucoup de militaires en place
interrogés sur les cas, reconnaissent et condamnent timidement cette
triste réalité tout en fustigeant le Gouvernement de Transition qui,
selon eux, continue à faillir à sa mission d’assurer l’encadrement
social des militaires et de leurs familles.
Préoccupée par cette situation, l’asbl
Héritiers de la Justice en appelle l’autorité de la 10è Région
Militaire et au Gouvernorat de la province du Sud-Kivu afin qu’ils
s’investissent le plus urgemment en faveur de l’arrêt de ces
pratiques avilissantes commises par les éléments des FARDC basés
dans la Plaine de la Ruzizi.
Se référant à son feuillet Nota Bene N°
165 du 05/09/2003, l’Association rappelle que ces pratiques
exacerbent les carences nutritionnelles auprès des populations de
cette contrée déjà sinistrée et dépouillés de la grande partie de
son cheptel bovin, l’un des plus florissants avant les deux guerres
de 1996 et 1998.
C’est pourquoi, Héritiers de la Justice
renouvelle, avec insistance, au Gouvernement de la Transition sa
demande de rappeler ses troupes à l’ordre et à la discipline en
prenant et faisant appliquer des mesures fortes et efficaces de
protection des civils, de leurs biens et de l’environnement dont la
destruction en cours est et sera lourde de conséquences, si l’on
agit pas à temps.
Sans prendre parti de la justification
faite par ces militaires, l’Association estime néanmoins que l’Etat
congolais a l’impérieux devoir de payer décemment et régulièrement
ses militaires ainsi que les autres fonctionnaires et employés du
secteur public, qui ont consenti des sacrifices énormes durant la
longue période de guerres. Aussi, Héritiers de la Justice
souhaite-t-elle, comme cette population dont la principale source de
revenu est aujourd’hui à genou, que les auteurs de ces méfaits
soient identifiés et qu’ils subissent la rigueur de la loi pour
servir de leçon, car le glas de l’impunité a déjà sonné dans le
pays ; et pour réconcilier ainsi les civils et les militaires.