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Le 01/12 /2004

 
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N°   338                                                                                             

Nota Bene

 

Cri de détresse des paysans de la Plaine de la Ruzizi en territoires d’Uvira et de Walungu

 

Qui mettra fin à la moisson et à la destruction méchantes  

  des champs par des militaires congolais impunis

 

Les populations paysannes de la Plaine de la Ruzizi en général et en particulier celles de la Cité de Sange, de la localité de Kamanyola et leurs environs, continuent à décrier la récolte indue dans leurs champs par les militaires congolais basés dans leurs milieux  et d’autres exactions subies du chef de ces hommes de troupes.

 

En effet, des sources concordantes diversifiées dans la Plaine allèguent que les éléments des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) sévissent contre ces paysans déjà paupérisés par les guerres et la multitude des groupes et bandes armés qui pullulent dans cette partie de la province du Sud-Kivu. Ces militaires y avaient été déployés en grand nombre à la suite de l’occupation successive de la ville de Bukavu et du Centre de négoce de Kamanyola par les troupes dissidentes conduites par le Colonel Jules Mutebutsi  Mutambatamba.

 

Au nombre des supplices infligés à ces paisibles citoyens, l’on cite :

-          Le pillage et la destruction des cultures entraînant aujourd’hui une raréfaction des denrées alimentaires dans les ménages et sur les marchés locaux. L’on se souviendra que cette partie du Sud-Kivu ainsi que les montagnes la surplombant étaient, il y a peu de temps,  considérées comme l’un des greniers les plus sûrs de la province et des pays voisins, le Rwanda et le Burundi notamment. La farine de manioc, de maïs, la patate douce, le riz, les cacahuètes, les agrumes, … que cette plaine fournissait en abondance à la ville de Bukavu  y deviennent rares et accusent de ce fait de hausses vertigineuses des prix ;

-          Les barrières multiples et incontrôlées érigées sur les routes et les sentiers par lesquels les habitants des moyens plateaux accèdent aux marchés de Sange, Luberizi et Runingu notamment, les diverses tracasseries (fouilles systématiques, taxes en nature ou en espèce leur imposées par les militaires, …) font que beaucoup se résignent de plus en plus de continuer à prendre le risque d’une entreprise déficitaire et source d’humiliations. Les produits agricoles en provenance de ces hauteurs sont donc devenus quasi-invisibles dans les marchés précités ;     

-          L’abattage effréné par des hommes en armes des arbres naturels et surtout à des boisements privés et pour produire de la braise. Des sources dignes de foi affirment que les soldats sont devenus d’importants fournisseurs  de ces denrées aux marchés locaux. Même les arbres fruitiers, notamment les manguiers, les tamariniers, les goyaviers, …  ne sont pas exemptés de cette entreprise répréhensible de destruction de l’environnement ;

-          Des réquisitions des civils, même des élèves sur la route de l’école, pour des travaux par des militaires : construction des cabanes dans les campements, transport des effets militaires, approvisionnement en eau, et même dans la destruction des champs fustigée ci-dessus. A Sange, particulièrement, le Commandant local connu sous le nom de Sungu Sungu a obligé les Chefs des Quartiers de mettre à sa disposition, chaque vendredi, des hommes pour divers travaux dans le camp.

-          Le vol. Plus d’une fois, on a rapporté des cas où des militaires rusés ont profité de la sortie matinale des adultes partis aux champs ou à d’autres travaux dont les corvées imposées des chefs militaires pour tromper, à l’aide des confiseries ou d’un peu d’argent, les petits enfants restés seuls à la maison après que leurs aînés se soient rendus à l’école. Ils s’introduisent dans les maisons et s’emparent de ce qu’ils y trouvent. Les éléments qui ont été identifiés par certains enfants dupés, puis accusés auprès de leurs commandants avec preuve matérielle à l’appui, notamment Isironi Rukabo, « Marocain » et deux autres attrapés la main dans le sac, font rarement 48 heures en détention sans que les victimes soient réhabilitées dans leurs droits.

 

Beaucoup de militaires en place interrogés sur les cas, reconnaissent et condamnent timidement cette triste réalité tout en fustigeant le Gouvernement de Transition qui, selon eux, continue à faillir à sa mission d’assurer l’encadrement social des militaires et de leurs familles.

 

Préoccupée par cette situation, l’asbl Héritiers de la Justice en appelle l’autorité de la 10è Région Militaire et au Gouvernorat de la province du Sud-Kivu afin qu’ils s’investissent le plus urgemment en faveur de l’arrêt de ces pratiques avilissantes commises par les éléments des FARDC basés dans la Plaine de la Ruzizi.

 

Se référant à son feuillet Nota Bene N° 165 du 05/09/2003, l’Association rappelle que ces pratiques exacerbent les carences nutritionnelles auprès des populations de cette contrée déjà sinistrée et dépouillés de la grande partie de son cheptel bovin, l’un des plus florissants avant les deux guerres de 1996 et 1998.

 

C’est pourquoi, Héritiers de la Justice renouvelle, avec insistance, au Gouvernement de la Transition sa demande de rappeler ses troupes à l’ordre et à la discipline en prenant et faisant appliquer des mesures fortes et efficaces de protection des civils, de leurs biens et de l’environnement dont la destruction en cours est et sera lourde de conséquences, si l’on agit pas à temps. 

 

Sans prendre parti de la justification faite par ces militaires, l’Association estime néanmoins que l’Etat congolais a l’impérieux devoir de payer décemment et régulièrement ses militaires ainsi que les autres fonctionnaires et employés du secteur public, qui ont consenti  des sacrifices énormes durant la longue période de guerres. Aussi, Héritiers de la Justice souhaite-t-elle, comme cette population dont la principale source de revenu est aujourd’hui à genou, que les auteurs de ces méfaits soient identifiés et qu’ils subissent la rigueur de la loi pour servir de leçon, car le glas de l’impunité a déjà sonné dans le pays ; et pour réconcilier ainsi les civils et les militaires.

 

 

   

 Bukavu, le 01.12.2004

Héritiers de la Justice

Avec l'appui de KIOS, Dan Church     Aid et Christian Aid