
Un état de lieux accablant de la
situation des droits de l’homme en République Démocratique du Congo
Du 25 au 29 octobre 2004, il s’est tenu à
Kinshasa dans l’enceinte du Centre Catholique Nganda un forum
national sur les droits de l’homme en République démocratique du Congo
( RDC ). Organisé par l’Observatoire National des Droits de l’homme (ONDH),
avec l’appui de l’OIF ( Organisation internationale de la Francophonie
), de la Coopération Technique Belge (CTB) , du PNUD ( Programme des
Nations Unies pour le
développement),
du Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme
au Congo de la société de communication VODACOM et bien entendu du
Gouvernement de Transition, ce forum a réuni des organisations de la
société civile ainsi que des délégués des institutions publiques
venues de 11 provinces du pays et de la ville de Kinshasa autour des
experts nationaux et internationaux en la matière. La province du
Sud-Kivu y a été représentée par les associations
Héritiers de la
Justice,
Arche d’Alliance, Forum Sida, RFDP ( Réseau des Femmes pour les Droits
Humains et la paix), AFECEF ( Association des femmes cadres pour
l’émancipation de la femme) et, pour les institutions publiques, la
Division provinciale de la Justice.
Ce
forum qui visait à dresser un état des lieux de la situation des
droits de l’homme en RDC, poursuivait comme objectifs spécifiques :
-
d’offrir à l’ONDH un tableau de
bord indicatif pouvant lui servir de point de départ et de boussole
dans la réalisation de sa mission de promouvoir et de protéger les
Droits de l’Homme en RDC ;
-
d’identifier les problèmes
majeurs qui se posent dans le domaine des Droits de l’Homme en RDC :
-
de
formuler des recommandations à l’ONDH en termes de pistes pour
enrichir et mieux orienter son plan d’actions et de stratégies selon
les objectifs et les priorités à déterminer, dans la perspective de la
lutte contre l’impunité ;
-
de
déterminer le rôle de l’ONDH et les actions à mener dans le cadre du
monitoring du respect des Droits de l’Homme pendant le processus
électoral ;
-
de
faire connaître davantage l’ONDH et sa mission auprès des Institutions
et Services publics de l’Etat ainsi que de la population à travers les
organisations de la Société civile ;
-
d’obtenir l’adhésion et le
soutien des Institutions et Services publics de l’Etat ainsi que de la
population à l’action de l’ONDH.
Pour atteindre ces objectifs, les
participants se sont assis, pendant deux jours successifs d’abord,
autour de la table de ce banquet des Droits de l’Homme et ont suivi
des exposés thématiques très intéressants.
« Mécanismes des Nations Unies
de promotion et de protection des Droits de l’Homme, de la femme, des
enfants… » , tel était le thème sur lequel s’est penché Mr Daniel
Prémont, Directeur du Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies
aux Droits de l’Homme en RDC.
Le bâtonnier Jean-Joseph Mukendi
wa Mulumba, Secrétaire Exécutif de l’Institut des Droits de l’Homme de
la RDC a planché sur le thème : « L’adaptation de la législation
interne aux instruments juridiques internationaux relatifs aux droits
de l’homme et leur application dans la pratique administrative et
judiciaire en RDC »
L’importance
de ce thème s’explique dans la mesure où les avis restent partagés
actuellement entre, d’une part les tenants de l’application immediate
des instruments internationaux en droit interne au regard du caractère
moniste de la législation congolaise ; et , d’autre part ceux qui ne
conçoivent pas cela sans un certain mécanisme d’adaptation ou
d’application.
Considérant
que le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale se présente à
nos yeux comme un mécanisme efficace de la lutte contre l’impunité en
RDC, le professeur Luzolo Bambi Lessa, Président de la Commission
permanente de réforme du Droit Congolais, a analysé « l’impunité
comme source des violations graves et répétitives des droits de
l’homme en RDC ».
A ce niveau, il a été remarqué que
le combat pour l’adaptation de nos textes juridiques et contre la
cécité collective s’avère très importante dans la mesure où
l’accoutumance aux violations des droits de l’homme est normalisée.
Quant à Mr Paul Sapou, parlant au
nom de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme
(FIDH), il a fixé l’assemblée sur la Cour Pénale internationale et
l’action des Organisations Non Gouvernementales. Aujourd’hui, les ONG
se trouvent organisées comme une constellation autour de la CPI.
La trilogie « Droits de
l’homme, Justice et Démocratie » a été disséquée par le
Représentant de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Mr
Kazadi.
Monseigneur
Jean-Luc Kuye Ndondo, Président de la Commission Vérité et
Réconciliation, a éclairé les participants sur la mission, les
objectifs, les activités de la son institution ainsi que sur les
difficultés que celle-ci rencontre dans son opérationnalité.
Prenant
à son tour la parole, Mme Mike de l’organisation hollandaise DOCUCONGO
a jeté un regard sur la loi relative à l’asile. Déplorant la situation
des demandeurs d’asile dans son pays, l’interlocutrice a invité les
participants à signer une pétition adressée aux autorités hollandaises
en vue de l’obtention de l’amélioration des conditions de vie des
demandeurs d’asile dont des centaines sont en voie de refoulement dans
des conditions inhumaines.
Enfin,
le Cardinal Frédéric Etsou, dans son mot de soutien au Forum a épinglé
que l’activisme en Droits de l’Homme est une vocation. Se basant sur
un verset du psaume 126, il a interpellé les participants pour qu’à
leur tour, ils interpellent ceux-là, qui sensés respecter les droits
humains, les violent.
Avec ces exposés thématiques, les
participants ont suivi, tour à tour, les déclarations respectives de
la Société civile et des institutions publiques des 11 provinces et de
la vile de Kinshasa.
De manière générale, les
déclarations des délégations des participants ont fait un état des
lieux accablant de la situation des droits de l’homme en République
Démocratique du Congo.
Ajoutées
à la mission et aux attributions de l’ONDH contenues dans les articles
6 et 7 de la Loi N° 04/019 du 30 juin 2004, portant organisation,
attributions et Fonctionnement de l’Observatoire National des Droits
de l’Homme, de la synthèse du plans d’actions de l’ONDH ainsi qu’aux
objectifs que s’est assignés le Forum, ces déclarations ont servi de
menu dans les 5 ateliers constitués et qui portaient sur :
-
Violations des droits civils et
politiques ainsi que des minorités ;
-
Violations des droits sociaux,
économiques et culturels ;
-
Violations des droits de la
Femme, de l’Enfant et d’autres personnes vulnérables ;
-
Processus
électoral et tenue des élections libres, démocratiques et
transparentes
-
Respect des droits de l’homme et
lutte contre l’impunité.
Pour tous ces points, il fallait
faire un état des lieux, identifier les causes majeures et les
conséquences, donner des propositions concrètes des stratégies et
d’actions à mener par l’ONDH par objectifs et par priorités, au regard
de ses attributions définies à l’article 7 de sa loi organique.
Les résultats de ces ateliers sont
développés dans le rapport final du Forum.
Clôturant
le Forum, Monsieur Azarias Ruberwa, Vice-Président de la RDC, en
charge des affaires politiques et de la sécurité, reconnaissant la
consistance de ce rapport, a déclaré que les participants à ce forum
auraient été arrêtés si c’était pendant la dictature ou la rébellion. |