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La réunification de l’armée mise en cause au Sud-Kivu

 

Le Général Prosper NABYOLWA échappe de justesse à un attentat meurtrier ce mardi 03/02/2004

 

La violence refait surface dans la province du Sud-Kivu avec l’attentat meurtrier du mardi 3 février 2004 à 16h50 contre le Général Prosper Nabyolwa, commandant de la 10è région militaire des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Cet attentat, survenu sur l’avenue P.E Lumumba à Nguba dans la commune d’Ibanda à Bukavu, juste en face du Complexe scolaire Suka Lapereaux, aurait fait un blessé grave parmi les gardes qui escortaient ce haut officier.

 

Selon des témoins oculaires de l’évènement, le Général Nabyolwa et ses gardes du corps se dirigeaient à bord d’une Jeep Land Rover, vers la Frontière congolo-rwandaise de la Ruzizi 1er quand ils ont été pris sous un feu d’armes automatiques, déclenché par un groupe d’une dizaine de militaires fortement armés dont un en tenue civile et portant un revolver.

 

Au cours de ces tirs nourris et unilatéraux, le véhicule du Général qui était d’abord arrêté, a redemarré à vive allure jusqu’à une destination non révélée.

 

C’est alors que les assaillants, dont la plupart auraient une morphologie «Tutsi» si l’on s’en tient à l’apparence, se sont déployés de part et d’autre de l’artère principale qui longe l’avenue précitée.

 

Ce geste a créé une situation de panique généralisée à telle enseigne que les habitants des avenues environnantes (Plateau, Muhumba, Cimetière, ...) ont commencé à quitter leurs milieux par peur de représailles.

 

Quelques temps après, les militaires de la 10è région ont barricadé les routes et rues de Nguba. Certaines sources officielles semblent minimiser l’évènement.

 

Dans un communiqué non daté émanant du Gouverneur de la province du Sud-Kivu, Monsieur Xavier Chiribanya Chirimwami, conjointement signé par ce dernier et monsieur Sharif, chef de bureau à la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) Bukavu et diffusé ce mardi 04 février courant, par la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), «les coups de feu qui ont été entendus à Nguba ce 03/02/2004 vers 16h00 ne doivent pas être interprétés comme le début d’une quelconque guerre. Il s’agit tout simplement de quelques soldats énervés.»

 

D’après la même source, «la MONUC et le Commandant de la 10è Région militaire se sont réunis pour examiner la situation et se sont rendus compte qu’il n’y avait aucun problème.»

 

Cependant pour la population de Bukavu, la réunification de l’armée en RDC, par ces temps de transition ou de mise en oeuvre d’institutions démocratiques, s’exprime aussi violemment par des attentats.

 

L’opinion, qui se rappelle encore des agressions perpétrées la semaine dernière à Kisangani dans la Province Orientale à l’endroit du Général Padiri Bulenda, lui aussi commandant d’une région militaire, lit des contradictions dans les déclarations de la MONUC et de son Excellence le Vice-président Azarias Ruberwa.

Il vous souviendra, selon la même opinion, que le Général Nabyolwa n’est pas à son premier attentat. Depuis son arrivée dans la province du Sud-Kivu, le Commandant de la 10è région militaire avait entrepris de sillonner toute sa circonscription dans le cadre de la campagne de réunification de l’armée assignée comme un des objectifs de la Transition en RDCongo.

 

En témoignent la fermeture des centres de formation militaire initiés à Nyamunyuni en territoire de Kabare, à Dutu à Nyabibwe en territoire de Kalehe; les rencontres avec les différents hauts officiers du RCD qui n’ont pas encore rejoint Kinshasa; la rencontre avec le Commandant Patrick Masunzu sur les hauts-plateaux de Minembwe; la reddition des combattants Maï-maï dans la Plaine de la Ruzizi, le début de la démobilisation des enfants soldats, le démantèlement des caches d’armes et de munitions, etc.

 

Au vu du manque de volonté politique observé dans le chef de certains hauts officiers de l’armée, la population du Sud-Kivu qui avait déjà fini par se convaincre de l’effectivité d’un changement politique et de formation d’une armée nationale et républicaine, remet en cause cet objectif assigné dans l’Accord Global et Inclusif de la RDCongo. Le calme et la paix sociale tant souhaités pour ce pays scandaleusement meurtri et profondément déchiqueté par des guerres absurdes sont au rendez-vous des aspirations légitimes des populations.

 

C’est pourquoi l’asbl Héritiers de la Justice  s’insurge contre toute tentative de boycottage ou d'atermoiement des objectifs inscrits au calendrier de la Transition.

 

Héritiers de la Justice appelle la population du Sud-Kivu au calme et l’exhorte à dénoncer après des autorités reconnues et éprises de paix ainsi qu’à la MONUC tout acte tendant à mettre des entraves au processus de réunification du pays et de l’armée posé par qui que ce soit.

 

Enfin, l’Association recommande aux acteurs politiques et militaires en RDC de rechercher les voies de parvenir à une solution pacifique de la crise qui prévaut au sein des différentes composantes impliquées dans la gestion de la Transition.

 

Sur ce dernier point, la position de Héritiers de la Justice  ne souffre pas d'équivoque. L’association souscrit à toutes les initiatives susceptibles de garantir la paix, la sécurité et les droits humains dans le pays et n’hésitera pas un seul instant à participer activement à tout effort provincial, national ou international allant dans ce sens.

 


 

 

Fait à Bukavu , le 03/02/2004

 

Héritiers de la Justice

 

 
Avec l'appui de KIOS, Dan Church Aid et Christian Aid