HERITIERS DE LA JUSTICE


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Article du 18/04/2008

Episode des manifestations promises par les enseignants du Sud-Kivu : Paralysie des activités.

 

Sit in des enseignants de la ville de Bukavu ce vendredi 18/04/08

 

Dans la matinée de ce vendredi 18/04/2008, à la Place dite « Feux Rouges » en commune d’Ibanda dans la ville de Bukavu, il s’est observé un sit in des enseignants de tous les réseaux confondus (protestants, catholiques, kimbanguistes, anglicans, musulmans, officiels).

 

Portant des calicots sur lesquels on pouvait lire « L’enseignant a droit à la vie. L’enfant a droit à l’éducation », Les manifestants vêtus en noir ont bloqué la circulation routière. Ceci en guise des promesses d’une série des manifestations faites par le SYNECAT (Syndicat des Enseignants Catholiques du Sud-Kivu)  et  le SYECO (Syndicat des enseignants du Congo) à l’issue de l’Assemblée générale des enseignants de la province du Sud-Kivu tenue le dimanche 13/04/08 à l’institut Kasali situé dans la commune de Kadutu.

 

Selon un des syndicalistes rencontrés sur place, les manifestants entendaient ainsi bloquer toutes les autorités qui vont à l’Assemblée provinciale et au gouvernorat pour travailler afin que celles-ci viennent les voir et que, de leur côté, ils puissent en profiter pour leur présenter leurs nombreuses doléances, parmi lesquelles le paiement de leur salaire des mois de février et mars 2008.

 

Ainsi, le lundi 14/04/2008, ils ont observé une « journée sans enseignements » et ce mot d’ordre a été respecté par la majorité des écoles où, seuls les administratifs se sont retrouvés avec quelques élèves avant de rebrousser chemin. 

N’ayant pas été payés jusqu’à ce jour, ils ont alors jugé utile ce vendredi 18/04/2008, de faire le sit-in susévoqué après en avoir informé le Maire de la ville, selon les dires de monsieur Pierre Kabeza, Président du Syndicat des Enseignants Catholiques du Sud-Kivu (SYNECAT) que nous avons interviewé sur les lieux de la manifestation et

ce, conformément aux prescrits de l’article 26 de la Constitution de la RD Congo : « La liberté de manifestation est garantie. Toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air, impose aux organisateurs d’informer par écrit l’autorité administrative compétente…. »

 

Mais, comme les véhicules, les motos, les vélos ne pouvaient plus franchir la barricade dressée par les manifestants assis en travers de la route à la Place Feux-Rouges, quelques instants après le refus catégorique des manifestants de libérer l’espace, en dépit de tous les efforts de conscientisation fournis notamment par le Maire de la ville secondé par les agents de l’ordre apparemment débordés, les choses n’ont pas à tarder à dégénérer.  Les policiers ont usé des gaz lacrymogènes et de la bastonnade pour réprimer la manifestation.  De leur côté, les badauds rassemblés sur les lieux ont réagi par un jet des pierres, ce qui a blessé au moins 2 personnes et endommagé certains véhicules.  

 

L’asbl Héritiers de la Justice a tenté d’entrer en contact avec le Chef de division de l’Enseignement   Primaire, Secondaire et Professionnel  mais il est resté injoignable.  Une autre autorité que l’association a contactée a avoué qu’elle a déjà discuté plusieurs fois avec ces enseignants dont, par ailleurs, les revendications sont « tout à fait légitimes ». Elle a ajouté qu’elle ne comprenait pas pourquoi Kinshasa ne veut pas jusqu’à présent décanter la situation.  Quant aux conseils à prodiguer aux enseignants, cette personnalité a encouragé ces derniers à « maintenir la pression jusqu’au jour où leurs droits seront respectés, pourvu que les enseignants ne se laissent pas manipuler par des politiciens».

 

Tout en reconnaissant la légitimité des revendications des enseignants, une autre autorité contactée par l’asbl Héritiers de la Justice a vu derrière ce sit-in un montage parce que, d’après elle, elle ne sait pas comprendre pourquoi les manifestants ont seulement attendu ce jour-ci pour faire leur sit-in qui, à ses yeux, n’a même pas permis à ses organisateurs d’obtenir le paiement de leur salaire.  C’est pourquoi, elle les a invités plutôt à suivre la « procédure normale » dans leurs revendications.

 

Au vu de ce qui précède, l’asbl Héritiers de la Justice invite le gouvernement congolais à respecter la Constitution du pays en ses articles 38 et 43 qui parlent respectivement entre autre de la « rémunération satisfaisante et équitable » et du caractère obligatoire et gratuit de l’enseignement primaire dans les établissements publics en RD Congo. C’est à partir de décembre 2007 que l’Etat devait commencer à majorer progressivement le salaire des enseignants mais, à ce jour, on assiste non seulement à un retard de paiement mais encore à une réduction du salaire de février 2008, ce qui a poussé les enseignants à refuser de prendre le montant leur proposé.

 

C’est pourquoi, tout en demandant à l’Etat congolais d’honorer ses engagements, l’Association regrette la répression du sit in de ces enseignants non armés par l’usage des gaz lacrymogènes, la bastonnade et toutes les conséquences liées à cet état de chose, à savoir les coups et blessures volontaires ainsi que l’endommagement de certains véhicules alors que tout cela pouvait être évité de justesse par un dialogue entre les deux parties. 

 

Fait à Bukavu, le 18/04/2008  

Héritiers de la Justice

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