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Procès Serge Maheshe Kasole
« Le Tribunal est en train
d’aboutir sans avoir commencé »
A
l’issue de l’audience du mardi 14 août 2007, le Tribunal Militaire de
Garnison de Bukavu a clos les débats en rapport avec le procès sur
l’assassinat du journaliste Serge Maheshe, Secrétaire de rédaction à la
Radio Okapi/Bukavu assassiné sur l’avenue Saïo dans la commune d’Ibanda
dans la nuit du 13 juin 2007, vers 21h30 par des hommes armés. Il y
avait à la barre au total 12 prévenus : les sieurs Fredy Bisimwa
Movati, Mugisho Ruhenzangabo Mastakila, Alain Mulimbi,
Serge Muhima, Bigaba Muherekeza, Bashagaluke Cizungu,
Sikitu Patient, Bisimwa Kabamba Chanel et l’épouse de ce
celui-ci (Mme Mwangaza Zagabe), Mme Ntakwindja Muderhwa,
le 1er Sergent Bokungu ainsi que le Caporal
Katuzelo Mbo. La cause ayant été prise en délibéré, le verdict
interviendra le mardi 21 août 2007. Est-ce que tout a été fait pour que
les véritables assassins de Serge Maheshe soient connus et sanctionnés
conformément à la loi ?
Voici la teneur du réquisitoire de l’Officier du Ministère Public
(OMP) :
1.
Messieurs Fredy Bisimwa Matabaro et Mastakila Mugisho Ruhenzangabo :
peine de mort pour assassinat, association des malfaiteurs et vol à
main armée. A cela s’ajoutent la privation des droits civils et
politiques pendant 5 ans et leur arrestation immédiate.
2
Messieurs Alain Mulimbi wa Shamavu et Serge Muhima Amri : peine de mort
pour association des malfaiteurs et assassinat. Ils seront aussi privés
de leurs droits civils et politiques pendant 5 ans et doivent être
arrêtés illico.
3.
Madame Ntakwindja Muderhwa : 10 ans de servitude pénale principale pour
association des malfaiteurs, 5 ans de servitude pénale principale pour
association des malfaiteurs.
4.
Monsieur Bashagaluke Cizungu Isaac : 10 ans de servitude pénale
principale pour association des malfaiteurs.
5.
Monsieur Bisimwa Kabamba Chanel : 12 mois de servitude pénale principale
pour évasion, peine de mort pour association de malfaiteurs. Il encourt
également la privation de ses droits civils et politiques pendant 5 ans
et son arrestation immédiate.
6.
Mr Bisimwa Sikitu : peine de mort pour vol à main armée, 10 ans de
servitude pénale principale pour association des malfaiteurs, privation
des droits civils et politiques et son arrestation immédiate.
7.
Monsieur Bigaba Muherekeza Pitchen : peine de mort pour vol à main
armée, 10 ans de servitude pénale principale pour association des
malfaiteurs, privation des droits civils et politiques pendant 5 ans et
arrestation immédiate.
Seul
Katuzelo a bénéficié d’un acquittement de la part de l’OMP pour faits
non établis à son égard.
8.
Mme Mwangaza Zagabe : 10 ans de servitude pénale principale pour
association des malfaiteurs.
9.
Ier Sergent Bokungu : 12 mois de servitude pénale principale pour
destruction méchante.
Selon les avocats de la défense, « le Tribunal est en train d’aboutir
sans avoir commencé » pour les raisons ci-après :
-
l’analyse balistique demandée par les avocats des prévenus Serge Muhima
et Alain Muimbi pour
confronter les douilles ramassées sur le lieu du crime avec l’arme
prétendument utilisée par
Fredy et Mastakila n’a jamais été faite ;
-
l’OMP n’a pas pu accéder à la demande des avocats de faire venir un
médecin pour qu’il donne son
avis
sur l’état dans lequel un homme peut se retrouver après avoir pris
successivement du chanvre, une bouteille de whisky Anta joice et 4
comprimés de valium ;
-
l’OMP a libéré le véhicule que les présumés assassins prétendent avoir
utilisé pour leurs déplacements avant et après le crime et a plutôt
retenu un tout autre simplement parce que ce dernier avait appartenu
à Serge Muhima avant d’être revendu à un tiers.
- La
piste de deux militaires initialement poursuivis comme suspects dans cet
assassinat a été abandonnée trop tôt ;
- La
piste des éléments de la garde présidentielle qui ont proféré
des
menaces de mort à l’endroit de Serge Maheshe au mois de mai 2007 a été
effleurée ;
-
Lors de la descente sur le terrain pour la reconstitution des faits,
l’OMP a refusé pendant un bon moment de séparer les prévenus Fredy et
Mastakila de peur que ceux-ci donnent des réponses semblables aux
questions du tribunal et des parties ;
- A
la même occasion, lorsque les 2 prévenus répondaient aux questions de
manière à s’enferrer dans leurs propres montages, l’OMP, oubliant ses
attributions, posait directement en leur avocat ;
-
L’OMP n’a pas pu prouver l’existence du militaire Mulifa Fundi alias
Seleo que les deux présumés assassins présentent comme vendeur de l’arme
du crime moyennant une somme de 40 $US que Alain aurait débloquée.
Depuis que le tribunal lui a exigé de faire venir ce militaire, il a dû
attendre environ une vingtaine de jours pour annoncer que le quidam se
serait retiré du centre de brassage de Luberizi et aurait pris fuite
alors que Bukavu est séparé dudit centre de quelque 50 km seulement ;
-
L’OMP a toujours soutenu que c’est Mulifa qui aurait livré l’arme du
crime moyennant la somme de 40 $US débloquée par Alain Mulimbi.
Pourtant, il poursuit le prévenu Fredy pour un vol à main armée perpétré
à Muhungu en avril 2007. Cette arme n’a jamais été ravie à monsieur
Fredy. Quant à l’origine de cette arme, les avocats de la défense ont
dit que Fredy l’aurait ramenée du groupe armé Mudundu 40 dont il était
tireur d’élite parce qu’il n’a jamais été ni désarmé ni démobilisé
depuis qu’il a quitté ce groupe armé.
A
part tout cela, avant la clôture des débats, lorsque chacun des prévenus
a été invité à donner son dernier mot en attendant le prononcé du
verdict, le prévenu Fredy a insisté pour qu’on leur paie enfin les
30.000 $US, les deux passeports et le voyage en Afrique du Sud qui leur
avaient été promis par les présumés commanditaires pour qu’ils tuent le
journaliste Serge Maheshe. Le prévenu Mastakila est allé plus loin en
annonçant que, derrière les présumés commanditaires, il y aurait un
Colonel et un Général en train de tirer les ficelles.
Au
vu de tout ceci, l’asbl Héritiers de la Justice estime que le
tribunal de céans ne devrait pas s’empresser à prononcer le jugement
pendant que l’instruction paraît inachevée au regard de ces multiples
pistes non exploitées.
L’Association recommande à ce tribunal de renvoyer ladite cause
au Ministère Public pour approfondir l’instruction et, ainsi,
prononcer un jugement à même de faire éclater la vérité sur l’assassinat
de Serge Maheshe.
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Fait
à Kinshasa, le
15/08/2007
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Héritiers de la Justice | | |