HERITIERS DE LA JUSTICE,HJ
Service des Eglises Protestantes pour les Droits Humains et la Paix
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Le Conseil de Sécurité a qualifié le mois de Janvier 2000 du "mois Africain". De quoi sera-t-il question et qu'est-ce que l'Afrique peut attendre de ces rencontres? Heritiers mettra à votre disposition les cours des événements et les détails des divers avis. Visitez regulierement notre site jusqu'au 30 Janvier 2000


Séance du 24 Janvier 2000
1. Points de vue exprimés par les différents parties et intervenants au conflit congolais
2. Resumé et perpectives de paix dans la region (en préparation)
3. Mot de Conclusion du Sécretaire Général de le l'ONU sur le débat du 24 Janvier


1. Seance du 13 Janvier 2000: DECLARATIONS DES DIVERSES DELEGATIONS SUR LA CRISE CONGOLAISE ET REFUGIES EN AFRIQUE

M. MARTIN ANDJABA (Namibie) a déclaré que les conflits qui dévastent l'Afrique mettent en péril les groupes les plus vulnérables de la population, qui sont d'abord des femmes et des filles dans les zones en conflit. Elles subissent les viols répétés de la part des combattants et elles sont les premières victimes de la propagation du sida. La communauté internationale a le devoir de mettre fin à ces atrocités. Les pays qui accueillent les flots ininterrompus de réfugiés en provenance des zones en conflit ont besoin d'une aide urgente pour les soutenir dans leurs efforts de développement et parfois de reconstruction, ces conflits débordant sur leurs territoires. Plusieurs fois, a dit M. Andjaba, le Conseil de sécurité a exprimé son souci face au sort des réfugiés africains. Il est temps que des actions concrètes suivent ces discours, et nous lançons un appel urgent pour que des ressources adéquates soient affectées à la satisfaction des besoins des réfugiés africains. Nous avons vu, au cours de l'année écoulée, comment la communauté internationale peut réagir efficacement, quand il s'agit de réfugiés sur d'autres continents. L'Afrique ne demande pas un traitement spécial, loin de là, elle demande simplement à être traitée de façon équitable. Les réfugiés africains sont en effet les seuls à vivre dans le dénuement le plus total. De tels déséquilibres et injustices doivent prendre fin. Certains ont dit que l'Afrique devait elle-même s'occuper de ses réfugiés. Nous n'avons rien contre cette suggestion, et nous ne rejetons pas nos responsabilités. Il est de notre devoir de bâtir et d'inculquer à nos peuples une culture de la paix. Mais les conflits africains ont aussi une dimension externe et internationale, dont les tenants et aboutissants sont aux mains de forces extérieures, qui doivent nous aider dans nos efforts de maintien de l'ordre et de la sécurité. Les pays africains font face à une marée qui dépasse leurs moyens nationaux. La Tanzanie, par exemple, accueille 300 000 réfugiés en provenance du Burundi, mais ne reçoit pratiquement aucun soutien international. Cette absence d'aide peut mettre en péril la stabilité du pays. Il est temps que les producteurs et vendeurs d'armes cessent leurs trafics et leur commerce avec les mouvements rebelles qui sèment la panique sur notre continent.

M. AGAM HASMY (Malaisie) a déclaré que la réunion d'aujourd'hui sur les réfugiés permet de remettre la question à l'ordre du jour du Conseil. Personne ne sait combien il y a réellement de réfugiés en Afrique, a dit le représentant. Mais, hélas, ce continent n'a cependant pas l'exclusivité de ce genre de situations et différentes raisons sont avancées, aujourd'hui, pour expliquer ce qui favorise toutes ces crises dans le monde. Le cas de l'Afrique est aggravé par la profonde crise économique que connaît ce continent. Les conflits en Angola et dans les deux Congo ont engendré de nombreux flux et la communauté internationale n'a pas encore trouvé de solutions viables et permanentes. Nous pensons que les solutions à mettre en oeuvre ne peuvent être qu'africaines, mais les pays africains, malgré les efforts qu'ils peuvent déployer et la bonne volonté dont ils font montre, ont aussi d'autres problèmes et urgences qui les empêchent d'accorder suffisamment de moyens à la question des réfugiés. La communauté internationale et les bailleurs de fonds, qui ont semblé, ces dernières années, se désintéresser totalement de l'Afrique, ont été rappelés à leurs obligations par le HCR et les ONG opérant sur le terrain, et nous espérons qu'ils traiteront désormais l'Afrique comme ils traitent d'autres parties du monde. Malheureusement, pour les réfugiés africains, des interférences dans les actions humanitaires, comme le meurtre de membre du personnel humanitaire n'ont pas favorisé l'engagement de la communauté internationale sur le continent. Il faut donc que des engagements fermes soient pris pour protéger et respecter le personnel humanitaire et lui redonner confiance. Notre délégation soutient l'idée d'un mois pour l'Afrique au Conseil de sécurité, mais il faudrait, au bout de ces réunions, arriver à des actions concrètes allant dans le sens des demandes faites ce matin par Mme Ogata et dont la plupart avaient déjà été faites dans cette salle. M. ALAIN DEJAMMET (France) a déclaré que Mme Ogata avec sa rigueur habituelle a adressé le tableau en Afrique. Il a constaté que pratiquement, Mme Ogata a répondu à l'ensemble des préoccupations exprimées par les membres du Conseil. M. Dejammet a demandé des précisions supplémentaires sur le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. Il serait intéressant d'avoir une idée du calendrier du retour possible des réfugiés sierra-léonais que la Guinée a accueillis. Concernant le conflit entre l'Erythrée et l'Ethiopie, bien que l'on note quelques progrès, il serait toutefois souhaitable de fournir des précisions sur les récents développements. Les pays donateurs doivent maintenir leur effort. Faisant référence à la protection de l'assistance humanitaire, il a estimé qu'au-delà de la surveillance de l'application du cessez-le-feu, il est impératif d'escorter et de protéger l'acheminement de l'assistance humanitaire. M. Dejammet a souligné le rôle positif de pactes de sécurité pour établir des relations amicales et de bon voisinage entre les pays d'une région. L'existence, au-delà de leurs frontières, de groupes armés met en danger la sécurité et la stabilité des pays de l'Afrique centrale.

C'est pourquoi, il leur est recommandé de se réunir autour d'une table et d'envisager une telle possibilité. Le cessez-le-feu doit être respecté. Mais il est nécessaire de convoquer une conférence sur la région et de déterminer les conditions qui permettront de rétablir une situation humanitaire raisonnable. Mme OGATA a dit, en répondant aux questions et observations faites par le représentant de la France, que la guerre en Ethiopie et en Erythrée était un conflit localisé, mais ce conflit accroît cependant les tensions dans la Somalie voisine, et fait craindre des débordements sur le territoire de ce pays. Concernant l'Erythrée elle-même et la situation de ses réfugiés, le HCR a mené des négociations avec le gouvernement. Ce dernier se dit prêt à les accepter dans certaines zones de son territoire. Concernant les politiques de regroupement, quand on demande à la communauté internationale de fournir de l'assistance, on est obligé de procéder à un regroupement des populations dans une zone donnée, souvent à l'intérieur même de leur propre pays, créant ainsi une situation de personnes déplacées et de réfugiés internes. Le HCR doit s'accommoder de ces faits incontournables sur le terrain. Mme PATRICIA DURRANT (Jamaïque) a rappelé que sur les 21,5 millions de réfugiés dont s'occupe le Haut commissariat pour les réfugiés, 6 millions vivent sur le seul continent africain. Lors d'une réunion passée du Conseil de sécurité, il avait été souligné que la mise en place des accords politiques conclus entre les parties en conflit était un aspect essentiel de la résolution de certains des pires problèmes de réfugiés sur le continent africain. Or, bien que nous ayons accueilli avec espoir la signature d'un cessez-le-feu dans les crises en Sierra Leone et dans la République démocratique du Congo, respectivement à Lomé et à Lusaka, il est évident que ces accords ne sont qu'un premier pas dans la résolution des crises engendrées par ces conflits. Notre délégation soutient les progrès faits par le HCR au cours de l'année écoulée à la suite de ses propositions de règlement des crises de réfugiés et personnes déplacées en Afrique. Certaines de ces propositions comprennent l'installation des groupes de personnes réfugiées à une distance raisonnable des zones de conflits et des frontières, et une assistance aux gouvernements des pays d'accueil pour les aider à maintenir la sécurité et l'état de neutralité des camps de réfugiés. Le HCR a proposé, d'autre part, un modèle-type de législation internationale sur les réfugiés, qui aide les gouvernements à traiter cette question, et il fournit aussi une formation aux fonctionnaires de ces pays. La Jamaïque soutient les efforts de l'Organisation de l'unité africaine dans la résolution des problèmes de réfugiés, notamment l'initiative prise en 1998 de réunir une conférence ministérielle sur les réfugiés et les personnes déplacées de l'intérieur, et les recommandations faites en vue d'une action

de la communauté internationale. Nous pensons, à cet égard, que les Etats Membres devraient trouver d'abord les vraies causes aux conflits et s'engager à respecter et appliquer les mécanismes et instruments pertinents existants, y compris la Convention de l'OUA adoptée en 1969. Il faudrait aussi renforcer la protection des réfugiés en Afrique, en réitérant et en appliquant les principes du droit d'asile, de la protection et de la sécurité, et trouver des solutions durables, dont le rapatriement volontaire et la réintégration des réfugiés. Enfin, l'Afrique a besoin d'un soutien pour renforcer ses capacités de réponses aux crises de réfugiés. Répondant aux observations formulées par les délégations, Mme OGATA a indiqué que le HCR aide les gouvernements hôtes à assurer avec la police la sécurité des équipements dans les camps de réfugiés. Toutefois, il est parfois très difficile de maintenir le caractère civil des camps de réfugiés. Souvent on a besoin de forces de police nationales ou internationales pour faire respecter l'ordre dans les camps de réfugiés. M. MICHEL DUVAL (Canada) a assuré Mme Ogata de l'appui de son pays et noté avec regret que la situation des réfugiés en Afrique ne s'est pas améliorée. Le nombre des réfugiés a même augmenté dans les pays hôtes, créant de nouvelles difficultés économiques, sociales et politiques. La situation risque encore d'empirer lorsque les déplacements contribuent à des conflits. Le Canada salue les efforts inlassables déployés par la Guinée et la Tanzanie qui ont accueilli un nombre considérable de réfugiés. Dans la mesure où les gouvernements ne peuvent ou ne veulent assurer la protection du personnel humanitaire, ils doivent faire appel à d'autres gouvernements pour s'y substituer. L'ensemble de la communauté internationale doit agir de manière résolue pour assurer une plus grande efficacité des opérations de maintien de la paix, afin de régler les crises de réfugiés en Afrique. Des mesures concrètes doivent être prises pour assurer le retour volontaire et en toute sécurité des réfugiés ainsi que leur réintégration dans leur pays d'origine. Une proportion importante des réfugiés sont des enfants et des adolescents. A cet égard, M. Duval a prié Mme Ogata de fournir des renseignements précis sur la situation des fillettes, notamment en matière d'éducation. M. VOLODYMYR YEL'CHENKO (Ukraine) a rappelé que le HCR ne peut remplir son mandat que si les Etats Membres s'acquittent de leurs obligations. L'appui, tant financier que politique, de la communauté internationale est essentiel pour que le HCR puisse traiter des causes de déplacements massifs, fournir une protection internationale et contribuer à la recherche de solutions durables aux problèmes des réfugiés et à l'établissement d'une paix durable. L'Ukraine est convaincue de ce que le HCR et les autres institutions qui travaillent sur le terrain disposent de l'expérience et des connaissances suffisantes pour faire face à tous les types de situations qui se présentent sur le continent africain. Le débat devrait donc se concentrer sur ce que

peuvent faire le Conseil de sécurité et la communauté internationale dans son ensemble pour faciliter leur travail et contribuer à la recherche de solutions durables aux problèmes des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. De l'avis de l'Ukraine, deux facteurs rendent difficile la recherche de solutions: le fait que les pays d'accueil sont de moins en moins tolérants en raison des séjours prolongés d'un grand nombre de réfugiés et la "fatigue des donateurs" qui fournissent l'assistance nécessaire de plus en plus à contrecoeur. Si le premier facteur peut être traité au cas par cas, y compris par le Conseil de sécurité, le deuxième est de nature plus générale et requiert une approche coordonnée et la solidarité de la communauté des donateurs, a souligné le représentant. L'assistance humanitaire ne peut à elle seule résoudre les problèmes politiques à l'origine de déplacements internes et de mouvements de réfugiés. Seul un règlement politique des conflits peut assurer des solutions durables au problème des réfugiés. C'est précisément dans ce domaine que le Conseil de sécurité peut et doit apporter une contribution significative, a-t-il estimé. L'un des aspects de la question qui requiert une attention particulière est, de l'avis de l'Ukraine, les cas où les réfugiés deviennent eux-mêmes source d'instabilité et cause de résurgence d'un conflit menaçant de s'étendre à d'autres territoires. En effet, la présence d'un grand nombre de réfugiés en un endroit contribue à l'épuisement des ressources locales et à la déstabilisation du marché de la main-d'oeuvre, alimentant ainsi les tensions avec la population locale. Ces réfugiés courent aussi le risque de devenir les victimes faciles de groupes d'opposition ou de groupes rebelles qui cherchent à recruter de nouveaux membres. Le Conseil de sécurité a déjà examiné le problème de la sécurité des camps de réfugiés, de la circulation des armes dans ces camps, ainsi que la question du désarmement et de la démobilisation des anciens combattants. Mais davantage doit être fait. Aussi, le Conseil devrait-il envisager d'envoyer, à intervalles réguliers, des missions spéciales dans les principaux camps et zones où se trouvent des réfugiés pour évaluer la situation sur le terrain, ainsi que l'impact éventuel de leur présence sur le pays hôte et sur la sécurité dans la région. Le Conseil pourrait également envisager d'établir, avec le consentement du pays hôte, des missions de déploiement préventif lorsque les circonstances l'exigent. Ces idées ont déjà été avancées dans le passé, a rappelé le représentant, soulignant que ce qu'il faut aujourd'hui, c'est assurer leur application. Il a jugé intéressante l'idée d'étendre les activités du HCR à la fourniture d'une aide humanitaire et d'une protection aux personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, mais a mis en garde contre toute conclusion hâtive et a rappelé que toute modification du mandat du HCR requiert une résolution de l'Assemblée générale. Mme OGATA a, répondant aux remarques du représentant du Canada concernant la situation des réfugiés en matière d'éducation en disant que les réfugiés qui se trouvent en dehors de leur cadre d'instruction de façon temporaire doivent avoir la possibilité de poursuivre leurs études,

même si c'est dans un camp de réfugiés. En Afrique, la connaissance et l'éducation sont tellement importantes pour l'intégration et l'ascension sociale qu'il faut les mener à terme. M. SAID BEN MUSTAFA (Tunisie) a dit que la situation des réfugiés dans certaines parties du continent africain met en danger l'équilibre de nombreux pays du continent. Nous saluons les efforts déployés par le HCR et son personnel pour soulager les réfugiés africains, a dit le représentant. La situation dramatique de millions de personnes a été évoquée, ici, notamment, la souffrance des femmes et des fillettes. Le problème des réfugiés se présente sous deux aspects fondamentaux. Il faut, et c'est essentiel, respecter la souveraineté nationale des Etats qui offrent l'asile aux réfugiés, et la communauté internationale doit savoir équilibrer le droit et le souci humanitaires et la souveraineté des Etats. La Tunisie pense que cette question pourrait se discuter à l'Assemblée générale, au Haut Commissariat aux réfugiés, à l'issue d'une conférence réunie spécialement à cet effet. Nous savons que le Secrétariat travaille en ce moment sur la question et aimerions avoir un droit de consultation et d'opinion là-dessus. L'OUA a émis des avis et élaboré une Convention sur les réfugiés qui a été ratifiée par de nombreux pays, dont le nôtre. L'aide aux pays d'accueil est un aspect important de la question des réfugiés, aussi, aujourd'hui, devant ce Conseil, nous exhortons de nouveau la communauté internationale à soutenir et aider les pays qui accueillent des réfugiés. Notre pays approuve d'autre part, la totalité des propositions faites par Mme Sadako Ogata. M. JEREMY GREENSTOCK (Royaume-Uni) a dit que concernant la crise de réfugiés en Afrique deux domaines essentiels peuvent être discutés. La suggestion de Mme Ogata sur la question d'un accès facilité aux réfugiés et la responsabilité du HCR en ce domaine, et la difficulté que rencontre cet organismes à se procurer les ressources nécessaires, sont des questions essentielles. Le maintien de la loi et de l'ordre et l'appui aux gouvernements dans ce domaine sont des points qui intéressent le Royaume-Uni. Au cours de ce débat, les représentants africains ont dit que nous ne faisons pas assez pour aider le continent dans ses efforts pour résoudre la crise des réfugiés. Nous essayons de résorber la misère qui affecte le continent, mais malheureusement, nous n'avons pas accès aux vraies raisons et aux sources de cette misère. C'est comme un tonneau des Danaïdes, sans fond, que l'on essayerait de remplir. Des groupes armés, appuyés par des pays voisins déstabilisent les nations mêmes dont ils sont originaires. Et sans essayer de nous immiscer dans les affaires intérieures des Etats, nous pensons qu'on devrait pouvoir condamner les gouvernements irresponsables, même si certaines sensibilités, ici, même au Conseil, peuvent en être affectées. L'Europe a l'OSCE, et il existe un Pacte de stabilité sur ce continent. Pourquoi est-ce que les Africains ne mettraient-ils pas en place des règles et des structures qu'ils respecteraient eux-mêmes, en matière de sécurité et en matière humanitaire ?

L'Afrique et ses gouvernements sont en dernier ressort responsables de ce qui arrive à leurs propres populations. Nous pensons qu'il y a un profond problème de leadership au niveau des dirigeants, et nous demandons et espérons qu'un débat franc s'engagera là- dessus. M. ARNOLDO MANUEL LISTRE (Argentine) s'est félicité de la nouvelle méthode de travail adoptée par le Conseil de sécurité qui garantit une plus grande transparence. La persistance du problème des réfugiés aggrave la situation tant humanitaire qu'en matière de sécurité. La communauté internationale n'a pas suffisamment de volonté pour s'en prendre à la cause même de la crise des réfugiés en Afrique. Les Africains doivent se rendre compte qu'il n'existe pas deux poids, deux mesures. C'est pourquoi, le Conseil de sécurité doit agir de manière efficace. L'accès des institutions humanitaires et la sécurité des réfugiés dans les camps sont les deux conditions essentielles pour régler rapidement les crise humanitaires. Le représentant a demandé à Mme Ogata d'indiquer les mesures permettant de régler efficacement ces crises. Quelles que soient les mesures que le Conseil de sécurité adoptera, les ressources sont indispensables pour les mettre en oeuvre. M. Listre a fait remarquer qu'il a été possible de trouver des ressources pour le Kosovo et le Timor oriental. M. CHEICKNA KEITA (Mali) a appelé le Conseil à réaffirmer son engagement envers l'Afrique et les principes d'indépendance politique, de souveraineté et d'intégrité territoriale de tous les Etats Membres. Les Etats africains ont accompli d'importants progrès en matière de démocratisation, de réforme économique et du respect de la protection des droits de l'homme afin de parvenir à la stabilité politique, à la paix et au développement économique et social durables. Pourtant, le nombre et l'intensité des conflits armés sur le continent continuent d'être préoccupants. Ces conflits menacent la paix régionale, provoquent souffrances parmi la population, perpétuent l'instabilité et détournent des ressources importantes qui devraient être consacrées au développement à long terme. L'ONU apporte une contribution importante aux efforts que l'Afrique déploie pour édifier un avenir de paix, de démocratie, de justice et de prospérité, a affirmé le représentant. Il a souligné l'importance de l'engagement pris par l'ONU de soutenir, par l'intermédiaire du HCR et d'autres organisations à vocation humanitaire, les efforts faits par les Etats africains pour régler les crises humanitaires et celles provoquées par l'afflux de réfugiés. L'exode des populations civiles touchées par un conflit peut compromettre gravement la paix et la sécurité internationales. Pour assurer la protection des activités d'assistance humanitaire aux réfugiés et autres personnes touchées par un conflit, il importe d'adopter une démarche coordonnée, a poursuivi le représentant. Il a condamné la multiplication des attaques ou le recours de plus en plus fréquent à la force contre les réfugiés et autres populations civiles dans des situations de conflit, ainsi que les attaques ou le recours à la force contre le personnel des Nations Unies

et le personnel humanitaire. La recherche de la paix en Afrique nécessite une approche globale, concertée et résolue, portant sur l'élimination de la pauvreté, la promotion de la démocratie, le développement durable et le respect des droits de l'homme, ainsi que la prévention et le règlement des conflits, y compris le maintien de la paix et l'aide humanitaire. Une manifestation réelle de volonté politique est nécessaire, en Afrique et ailleurs dans le monde, pour obtenir des résultats durables à ces fins, a-t-il conclu. M. ANWARUL KARIM CHOWDHURY (Bangladesh) a énuméré un certain nombres d'éléments que le Conseil doit souligner dans le cadre de l'examen de la situation des réfugiés. Le représentant a cité entre autres la nécessité de traiter des causes originelles des conflits et jugé, en cela, que le Conseil de sécurité a un rôle important à jouer. Il a cité en outre l'importance qu'il y a à se pencher sur les difficultés liées à la fourniture de l'aide humanitaire aux personnes déplacées pendant une situation de conflit. Il a, à cet égard, mis l'accent sur les besoins particuliers des femmes et des enfants. Le représentant a jugé utile que les Nations Unies se concentrent davantage sur la formulation de directives en matière d'assistance aux réfugiés en appelant la communauté internationale à rechercher les moyens d'assurer un plus grand respect des normes pertinentes. Le représentant a conclu en exhortant la communauté internationale à faire davantage pour assurer un financement adéquat des programmes liés aux réfugiés et aux personnes déplacées. M. SERGEY LAVROV (Fédération de Russie) a déclaré que son pays appuie pleinement l'appel lancé par le Haut Commissaire pour les réfugiés, Mme Sadako Ogata. Le Conseil de sécurité doit prendre en compte les initiatives adoptées par l'OUA au niveau sous-régional. Le Conseil de sécurité a aussi une responsabilité particulière en la matière. A cet égard, M. Lavrov a indiqué que son pays entend apporter sa contribution à ces efforts. M. SHEN GUOFANG (Chine) a estimé que la présentation de la situation des réfugiés en Afrique faite ce matin par Mme Ogata, Haut Commissaire pour les réfugiés, apporte des précisions sur cette situation tragique. La délégation chinoise a souligné à plusieurs occasions que le règlement de la crise des réfugiés réside dans l'élimination des causes mêmes des conflits. L'élimination de la pauvreté et le développement de l'économie sont essentiels pour instaurer la paix et la sécurité dans les pays de la région. Il est impératif de respecter l'équité dans la distribution de l'assistance humanitaire. La Chine continuera à renforcer sa coopération avec un certain nombre de pays de la région, ainsi qu'avec le Haut Commissariat pour les réfugiés.

M. PETER VAN WALSUM (Pays-Bas) a fait part de sa satisfaction après la présentation faite par Mme Ogata sur la situation de l'Afrique en matière de réfugiés. Si les accords de Lusaka ne sont pas mis en oeuvre, ce sera un drame, a estimé M. Van Walsum, et nous apprécions la franchise du ton du Haut Commissaire pour les réfugiés qui n'a pas mis de gants pour nous rappeler nos engagements et nos devoirs sur cette question. Mme Ogata nous a rappelés l'absence critique d'un mécanisme de sécurisation et de protection des réfugiés dans les camps qui les accueillent, or nous savons que face à la montée des conflits internes, nous aurons à faire face à plus de crises à l'avenir. Nous sommes d'avis que même le concept de "rapatriement volontaire", risque de devenir caduque à l'avenir, car il sera de plus en plus difficile de faire la part entre le refoulement et le rapatriement volontaire, face à des crises qui perdurent et s'éternisent. L'attention du Conseil continue d'être centrée sur la prévention et le règlement des conflits, a dit le représentant, mais nous avons entendu le HCR nous recommander que le Conseil devrait plutôt appuyer les initiatives prises par les Etats ou les parties en conflit, ce qui semble faire défaut jusqu'à maintenant. Notre délégation espère donc que l'action du Conseil pourra se réorienter et se faire avec efficacité. M. RICHARD HOLBROOKE (Etats-Unis) a rappelé qu'il travaille sur la question des réfugiés depuis 1978, et qu'il s'était notamment occupé de ceux du Cambodge. Il est temps de prendre des mesures concrètes et de corriger des déséquilibres dans le monde. Le retour des réfugiés qui avaient fini au timor occidental n'a pas été réalisé avec succès. Il reste encore un millier de miliciens qui s'en prennent aux Australiens. La situation des réfugiés est tragique. Deux-tiers des réfugiés dans le monde ne sont pas protégés par le Haut Commissariat pour les réfugiés. Ces personnes sont déplacées à l'intérieur de leur pays et ont été chassées de leur foyer. Qu'est-ce qu'une personne déplacée et qu'est-ce qu'un réfugié ? Il n'y a pas de différence. La Commission des droits de l'homme devrait oeuvrer étroitement avec le HCR et le Conseil de sécurité pour trouver des solutions à la situation de ces personnes. M. Holbrooke a affirmé que, lors de sa visite en Angola, le mois dernier, il avait constaté avec stupeur que 90% des réfugiés étaient des personnes déplacées. On se tourne le plus souvent vers le HCR parce qu'il représente le dernier espoir. M. Holbrooke a souligné la nécessité de définir avec plus de précision la situation des personnes déplacées et de confier l'examen de leur cas à une institution spécifique. Mme OGATA a, dans ses remarques de clôture, affirmé que sa présentation de la situation des réfugiés en Afrique avait été la plus franche possible. Des décisions concrètes doivent être prises, a-t-elle déclaré, car la situation sur le terrain est devenue dramatique et réellement intenable pour les populations déplacées. Les problèmes des personnes déplacées
à l'intérieur de leur propre pays sont les mêmes que rencontrent des réfugiés ordinaires. Le HCR peut examiner les différents aspects de leur subsistance et faire des recommandations au Conseil en ce qui concerne les actions à prendre et notamment celles concernant le rapatriement volontaire. Sur cette question, il est très important que ce soit vraiment les réfugiés eux-mêmes qui fassent des choix, ce que la situation actuelle ne permet pas. Les conditions de ce choix deviennent de plus en plus difficiles, car les réfugiés n'ont en réalité que deux options limitées: rester et se faire refouler, ou renter et risquer de se faire tuer. C'est donc un choix cornélien. Mes collègues du HCR, et tous les travailleurs humanitaires se sentiront encouragés s'ils savent que le Conseil de sécurité se penche sur cette question, a dit Mme Ogata. * *** * _

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