Heritiers de la Justice, a.s.b.l.
Service des Eglises Protestantes pour les Droits Humains et la Paix, 211 Av. Patrice Lumumba/BUKAVU
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Journal du Sud-Kivu: 3ieme Anniversaire du RCD, viol d'une jeune fille et chasse aux membres d'ONGs locaux a Uvira
9 Aout 2001, 18 h

TROISIEME ANNIVERSAIRE DU RASSEMBLEMENT CONGOLAIS POUR LA DEMOCRATIE MOBILISATION CONTRAIGNANTE DE LA POPULATION

Le jeudi 02 août 2001 a marqué le 3ième anniversaire de l'occupation de l'Est de la RDCongo par un des mouvements rebelles, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) appuyé par le Rwanda.

A Bukavu, plus de contrainte que de conviction de la population pour un défilé populaire

Les autorités provinciales du RCD Sud-Kivu ont organisé un défilé sur avenue Patrice Emery Lumumba en face de l'hôtel Métropole dans la commune d'Ibanda le jeudi 02 août 2001. Ce défilé minutieusement préparé a connu la participation d'une foule nombreuse. Les responsables des entreprises publiques et privées ont été sommés par les autorités de mobiliser leurs agents en vue d'une participation massive aux festivités. Les communiqués diffusés sur les ondes de la RTNC (Radio Télévision nationale Congolaise)/Bukavu citant nommément les entreprises ont contribués à faire passer le message d'invitation à ces manifestations.

Au cours du défilé des agents du service de sécurité DSR (Direction de Sécurité et de Renseignement) ont procédé aux contrôle physique des entreprises publiques, privées et toute autre organisation devant participer aux cérémonies.

L'opinion se rappellera qu'aux dates du 16 décembre 2000 et celles du 16 au 17 avril 2001, le RCD n'a pas lésiné sur les moyens pour mobiliser la foule en vue d'organiser un deuil en mémoire du commandant Masasu. La population se souvient encore de fortes amandes infligées aux propriétaires des dépôts, magasins ainsi qu'à des taximen qui avaient désobéi aux ordres de la hiérarchie. Plusieurs maisons commerciales avaient été scellées sur ordre des autorités provinciales.

Par crainte de subir à nouveau des représailles du pouvoir et pour écarter les allégations de service de sécurité selon lesquelles la collaboration avec les bandes armées, communément appelées forces négatives, est très active au sein de la population ; celle-ci a opté pour une participation au défilé sans conviction aucune.

Le gouvernorat de province a distribué des uniformes aux agents des divisions non génératrices des recettes tandis les autres divisions ainsi que les entreprises publiques et privées ont été contraintes de payer les habits de fête pour leurs employés. Les personnes contactées après les défilés ont affirmé vouloir protéger leurs activités et/ou leurs postes.

Dans les couloirs du pouvoir, on se frotte les mains en précisant que la population a défié l'ennemi en démontrant son indéfectible attachement aux idéaux du RCD. Des cassettes vidéo ont été enregistrées et le représentant du RCD en Europe, monsieur Gautier, pourrait en profiter pour mener une campagne auprès des gouvernements occidentaux.

A Uvira des tirs nourris ont interrompu le meeting

Contrairement à l'ambiance de Bukavu, Uvira n'a pas commémoré le 3ième anniversaire du RCD dans la quiétude.

Des témoins présents sur les lieux rapportent qu'aux environs de 11 heures 30 minutes, alors que la population était fortement amassée dans le stade Umoja (ex stade Kamanyola), des rafales d'armes ont été tirées à partir des collines surplombant la ville d'Uvira. Une confusion générale a suivi la dispersion. Il y aurait eu de nombreux blessés et des biens de valeurs ont été perdus.

Héritiers de la Justice convaincue que la réussite d'un défilé pour lequel on utilisé la force et des pressions envers une populations déjà meurtrie par des années de guerre barbare, la famine, les maladies, le non paiement des salaires, l'insécurité… devrait être interprété comme du sadisme pur et simple et non un signe de ravissement et d'allégresse au regard du tableau sombre décrit ci-haut. C'est pourquoi, l'asbl Héritiers de la Justice demande au pouvoir en place de prendre toutes les dispositions utiles pour payer aux enseignants et fonctionnaires leurs salaires et aux militaires et policiers leurs soldes en vue de rétablir le climat de paix et la sécurité des personnes civiles devenues la cible privilégiée de tout détenteur d'une arme à feu.

Une jeune fille victime de violence sexuelle dans la localité Musenyi groupement Buloho en territoire de Bunyakiri.

La jeune fille M. T âgée de 20 ans, orpheline de père et de mère, a été violée par 4 hommes armés parlant Lingala. Cet acte barbare a été commis au courant du mois d'avril 2001 à Musenyi, groupement Buloho en territoire de Bunyakiri.

Selon les témoignages recueillis auprès de la victime, elle s'était déplacée avec d'autres villageois en pleine forêt par crainte des exactions commises par des éléments de bandes armées. Ensemble, ils habitent une construction de fortune dans laquelle 4 hommes avait fait irruption aux environs de minuit.

Mademoiselle M.T n'a pas pu échapper aux sévisses de ces bandits armés comme ses copines. Elle a été prise de force et violée par les assaillants à tour de rôle. Ces derniers se sont ensuite emparé de tous les biens de la victime.

Privée de toute assistance, l'infortunée est restée plusieurs semaines dans cet état en perpétuelle souffrance. Les voisins se sont alors rendu compte qu'elle était terriblement souffrante à tel point qu'elle dégageait maintenant une odeur nauséabonde, pouvant être un signe d'une grave infection.

Des personnes de bonne volonté ont finalement décidé de la faire sortir de la forêt en vue de trouver un moyen de la faire soigner. Le 17 juillet 2001 elle a été acheminée dans un hôpital à Bukavu, où une intervention chirurgicale d'urgence a été décidée. Elle souffrait d'une fistule au niveau du vagin qui communiquait avec la vessie.

A présent elle se porte mieux qu'à son arrivée à l'hôpital mais elle est démunie de tout et ne sait même pas comment payer les 85 $US qu'on réclame pour son hospitalisation.

Héritiers de la Justice dénonce avec force les exactions commises par les hommes armés à l'égard de femmes et des filles. Elle fustige le comportement des responsables de la sécurité qui ne fournissent pas assez d'effort pour sécuriser les personnes et leurs biens en dépit de multiples appels des organisations de défense des Droits de l'Homme qui ne cessent de dénoncer de tels abus.

Héritiers de la Justice demande aux organisations caritatives et humanitaires de mettre en place un dispositif pour secourir et assister les victimes de cette barbarie.

Chasse à l'homme aux membres des associations d'Uvira au Sud-Kivu.

Depuis le 05 août 2001, les membres des associations d'Uvira sont traqués par les militaires et les agents de service de renseignement civil et militaire du RCD basés à Uvira centre . Il leur serait reproché la détention de certains documents jugés séditieux pour le RCD. Plusieurs membres ont été arrêtés dont deux de l'association Elimu. Ils sont soumis à des interrogatoires par la Direction de Sécurité et Renseignement(DSR) ainsi que par les services de renseignement militaire du RCD.

Aux nombre de victimes figurent madame Katana Bukuru Gégé, animatrice de l'association Elimu et monsieur Majaliwa Kanazi de l'association CADI (. Leurs téléphones mobiles ont été confisqués par ces agents du RCD. Par ailleurs, monsieur Jules Nteba, responsable de l'organisation non gouvernementale Elimu serait activement recherché par ces mêmes agents. Sa maison a été fouillée de fond en comble.

Selon des informations recueillies à Uvira, ces animateurs des associations sont poursuivis aux motifs qu'ils avaient imprimé sur ordinateur et diffusé des tracts hostiles au RCD, appelant la population à ne pas participer aux festivités du 3ième anniversaire de l'occupation de l'Est du Congo par la rébellion.

Pourtant des témoins affirment avoir vu des affiches en ville à Uvira, signés par les Mayi-mayi, invitant la population au boycott de cette fête.

Héritiers de la Justice est vivement préoccupée de la situation qui prévaut à Uvira . Elle craint le pire pour la vie des membres des associations qui sont constamment traqués par les agents du RCD pour des raisons inconnues.

Elle prend à témoin la communauté locale, nationale et internationale de tout ce qui adviendrait à ces personnes.

Héritiers de la Justice
Le 09 août 2001

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